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Au début de ces quelques mots, je ne voudrais pas
manquer de rendre hommage à ceux de Rougemont au nom
de ceux de Bellegarde.
A tous en général, et en particulier à
Maurice et Roger qui eurent l'idée d'organiser cette
manifestation, qui en furent l'âme et la cheville
ouvrière avec tout le comité, à Me
Jean-Pierre Cottier qui m'a fait l'insigne honneur de me
proposer d'en être le co-président pour la
branche catholique, bien que rien ne me
désignât pour assumer ces hautes fonctions, qui
auraient sans doute mieux convenu à tel autre
cousin.
Je ne voudrais pas manquer de souligner ici combien
j'apprécie personnellement la
célébration de cet anniversaire.
700 ans,
plus que la Confédération
elle-même,
et combien je suis sensible à cette manifestation
qui nous regroupe tous,
Nous les Cottier,
Sur notre terre ancestrale, bien que nombre d'entre nous
soient maintenant descendus dans la plaine depuis plus ou
moins longtemps.
Ce pélerinage aux sources nous permet de nous
retremper dans les traditions qui ont forgé notre
communauté nationale.
L'enseignement majeur que nous devons retenir d'une
manifestation comme celle qui nous réunit aujourd'hui
réside sans doute dans le témoignage de cet
attachement aux traditions que vous avez porté, vous
tous qui êtes ici, en venant à Rougemont pour
fêter le 700ème anniversaire de l'accession de
notre famille à l'histoire.
Cette célébration apporte la preuve de
l'importance que vous attachez à la famille, pierre
angulaire de notre société, tant il est vrai
qu'en cette période de grandes mutations, il est
nécessaire de se référer aux valeurs
traditionelles avec un esprit nouveau pour adapter les
enseignements du passé aux besoins de notre
avenir.
Et moi, qui suis citadin, j'apprécie peut-être
plus que d'autres le sens que peut prendre la
possibilité qui nous est offerte aujourd'hui de
fêter cet anniversaire dans un village où l'on
a la sensation de pouvoir encore participer à la vie
de la communauté, où nous avons trouvé
un accueil chaleureux entre tous, où l'on se sent
chez soi, où la relation entre la terre, le pays, et
les hommes qui le peuplent donne encore une signification,
une saveur à l'existence que l'on a parfois perdues
dans les grandes villes même s'il ne faut pas
mépriser tout ce que la civilisation, le
développement et l'expansion ont malgré tout
pu apporter à ceux qui étaient moins bien
lotis.
Et, je crois que la sagesse, c'est l'équilibre qui
doit s'instaurer dans un univers qui reste à la
taille de l'homme entre le progrès qu'il ne faut ni
diviniser, ni rejeter et la possibilité de conserver
ses attaches avec les traditions de la terre de ses
ancêtres.
Mais, ce que je voudrais surtout vous faire partager
aujourd'hui, c'est l'amour profond que je ressens, en
communion avec tous les Cottier, pour notre Patrie, qu'elle
s'appelle Rougemont ou Bellegarde.
Mais, il est temps que je vous parle quelques instants de la
branche catholique de notre grande famille, puisque c'est la
tâche qui m'a été dévolue.
Je tenterai de le faire le mieux possible bien que je ne
possède pas les compétences de Maître
Jean-Pierre Cottier qui aurait sans aucun doute
été mieux à même que moi de
parler aussi de ceux de Bellegarde même s'il est de
Rougemont.
Le testament d'Ulrich Cottier, décédé
à Fribourg en 1663, constitue le premier document
écrit faisant état de la présence des
Cottier dans la vallée de Jaun, c'est-à-dire
de Bellegarde.
Cette relation, récente, si on la compare aux
mentions figurant dans les registres de Rougemont, qui lui
sont antérieurs de près de quatre
siècles, provient du fait que les Cottier se sont
implantés dans la vallée de Bellegarde
postérieurement à la Réforme. C'est, en
effet, semble-t-il, dans la seconde moitié du
seizième siècle qu'une partie de la famille
qui voulait conserver sa foi préféra
s'expatrier et vint s'installer dans la commune de
Bellegarde qui faisait alors également partie du
Comté de Gruyère, tout comme Rougemont.
A: cette époque et jusqu'au début du
dix-septième siècle, les. Cottier de
Bellegarde sont d'ailleurs curieusement appelés aussi
Wider qui, en allemand signifie bélier, ce
bélier issant ou marchant que toute notre famille
porte sur ses armes.
Le testament d'Ulrich a permis d'établir que les
Cottier étaient arrivés dans la région
à la fin du seizième siècle puisque son
père, Peter Cottier, avait épousé aux
environs de 1580 Marguerite Reller d'Abländschen, ce
charmant hameau, blotti au-dessous des Gastlosen.
D'ailleurs, si l'on regarde une carte, on peut penser que
c'est probablement par le val des Fenils et Abländschen
que ceux qui avaient décidé de partir se sont
déplacés, car il met Bellegarde à
quelques lieues de Rougemont.
Du mariage de Peter et de Marguerite naquirent huit enfants
dont deux, Jean et Michel, furent successivement Statthalter
de Jaun à partir de 1636, ce qui implique que les
Cottier étaient alors devenus Bourgeois de
Bellegarde.
Ulrich, l'aîné, fonda la chapelle d'Im Fang qui
existe encore aujourd'hui et dans son testament, il fixe
avec une grande précision les dimensions, les divers
accessoires, le mobilier, les ornements de cette chapelle
dédiée à la Sainte-Trinité en
stipulant notamment qu'elle devra comprendre un petit
clocher avec une cloche pour appeler les fidèles
à la messe et sonner l'Angélus et le Midi.
Le troisième fils de Peter et Marguerite fut
prénommé Nicolas: c'est l'ancêtre de
tous les Cottier deBellegarde. Malheureusement, il n'existe
aucune relation écrite de son existence. De
surcroît, et jusqu'au milieu du 18ème
siècle environ, les renseignements sur sa descendance
sont peu nombreux et permettent seulement de reconstituer la
filiation. Par contre, dès la cinquième
génération, avec Pierre et Christophe,
débutent les deux branches de la famille qui se
perpétuent jusqu'à nos jours et sur lesquelles
les chroniques fournissent de nombreux détails, que
je ne saurais toutefois rappeler tous dans le temps qui
m'est imparti.
Je me bornerai à relever dans la descendance de
Christophe,
à la troisième génération,
Joseph, vétérinaire du Sème
cantonnement de la Gruyère, grand-père de
Jean-Marie avocat à Fribourg,
Athanase, le capucin et
Marie-Madeleine, en religion Soeur Canisius, qui fut
élevée à la cure de la Chaux-de-Fonds,
chez son cousin, le curé-doyen,
à la quatrième génération,
Ra p h a ë l, directeur des Chemins de Fer
Fédéraux, père de Paul et de Jean, tous
deux médecins.
T o b i a s, Père Bonaventure chez les Dominicains et
Athanase, le Rédemptoriste qui fut Directeur de
l'Oeuvre de Saint Canisius et présida aux
cérémonies qui suivirent la restauration de la
chapelle fondée par Ulrich et dont l'entretien est
toujours assuré par notre famille,
et, à la cinquième génération,
Marius et Antoine, tous deux avocats.
En ce qui concerne la descendance de Pierre, je me limiterai
à signaler,
à la troisième génération,
Monseigneur Athanase Cottier, curé-doyen de La
Chaux-de-Fonds pendant plus d'un demi-siècle et son
frère cadet,
Monsieur l'Abbé Jean Cottier qui fut curé
d'Aeschi dans le canton de Soleure,
à la quatrième génération,
Fernand, mon père, ancien maire de Genève et
ancien conseiller national, cousin d'André, le fils
d'Alexis, propriétaire de l'Hôtel du Tonnelier
à Bulle qui sont aussi petits-cousins d'André,
le fils d'Ernest, docteur ès sciences
économiques et sociales, professeur à
l'université de Genève.
En arrivant au terme de ce bref rappel, je suis conscient
d'avoir omis de mentionner nombre d'éminents enfants
de Jaun ou d'lm Fang, sans parler de nos ancêtres
à l'étranger puisque un Cottier ou
Coîtier fut même médecin de Louis XI et
assista le Roi de France dans ses derniers moments.
J'ose croire cependant, qu'en ce jour de fête, ceux
qui n'ont pas été mentionnés me
pardonneront.
Pour conclure, je souhaite simplement, mais du fond du
coeur, que nous tous, qui sommes aujourd'hui
rassemblés pour célébrer cet
anniversaire, sachions inculquer à nos enfants le
culte de traditions semblables à celle qui nous
réunit aujourd'hui et leur préparer un avenir
aussi ensoleillé et plein d'espérances que
celui qui nous fut légué.
Jacques Cottier
35 quai Wilson 1201
Genève
2.9.1976
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