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NOTICE HISTORIQUE SUR LA FAMILLE COTTIER
ORIGINAIRE DE ROUGEMONT, PAYS D'EN HAUT
par Jean-Pierre Cottier, docteur en droit et avocat.


1. Préambule

Une des originalités de la Suisse réside dans le fait que chacun de ses ressortissants n'est pas seulement titulaire de la nationalité de ce pays et citoyen d'un canton, mais encore et surtout bourgeois d'une commune. Ce dernier rattachement est sans conteste le plus fort, parce que le moins abstrait. A cet égard, on peut dire que tous les Suisses aiment, au moins une fois dans leur vie, rendre visite à leur commune d'origine et en général l'attrait de celle-ci est en proportion inverse de son importance, car nous avons une prédilection pour les communautés où l'on se sent au coude à coude, de telle sorte que l'isolement et l'égoïsme, si néfastes de nos jours, disparaissent pour faire place à la solidarité, à la fraternité et, en définitive, au civisme, qui est la force d'une nation.

Le rattachement bourgeoisial est aussi le plus ancien car, dans le processus historique de formation de la Confédération, la commune a précédé le canton et l'Etat fédéral, ce dernier ne datant que de 1848. C'est au Moyen Age, époque où les nationalités, telles que nous les concevons, n'existaient pas encore, que les personnes habitant la même localité y formaient une communauté, dont les membres appelés bourgeois, étaient liés les uns aux autres par un certain nombre de devoirs et d'obligations réglant la vie communautaire, en particulier l'assistance matérielle en cas de détresse.

C'est en vertu de telles traditions que la famille COTTIER est bourgeoise de Rougemont, dans le Pays d'Enhaut, où sa présence est signalée déjà au XIIIe siècle.

Le jubilé, que commémore cette modeste étude, a pour référence l'année 1276, date marquant l'accession de la famille COTTIER sur le plan de l'histoire.

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II. Le terrier de 1276

Il existe en effet aux archives cantonales vaudoises un vénérable parchemin considéré comme le plus ancien terrier, ou registre des tenanciers de terres, conservé dans notre canton 1. Il est daté de ce millésime et énumère les noms de 169 personnes, dont les biens fonciers sont situés entre la Tine, sur le territoire actuel de Rossinière, et le ruisseau de Flendruz, qui sépare Rougemont de Château-d'Oex. C'est précisément parmi eux que nous découvrons un abergataire du nom de COTYER qui, selon le droit médiéval, était au bénéfice d'un contrat lui réservant l'utilité d'un bien foncier pour une longue durée, la propriété de l'immeuble restant au seigneur, qui percevait une redevance annuelle. Le document en question cite aussi les noms de quelques familles qui existent encore: Morier, Bricod, Massard, Lenoir et Duperrex qui, avec celles des Cottier, sont ainsi les plus anciennes de l'actuel canton de Vaud, à l'exception de quelques familles nobles mentionnées aux XIe et XIIe siècles. Pour sa part, Rougemont est entré dans l'histoire deux siècles plus tôt que la famille Cottier, soit aux environs de 1080, lorsque, partant pour la croisade, le comte Wilaire de Gruyère a fait don à l'ordre de Cluny du territoire inculte situé entre le ruisseau de Flendruz et le torrent de Griesbach, qui de nos jours délimite partiellement les cantons de Vaud et de Berne. Un petit monastère y fut édifié autour de l'église, dédiée à Saint-Nicolas de Myre et dont on admire aujourd'hui encore la beauté du style roman rustique. Sous la direction d'un prieur, quatre à cinq moines y pratiquaient la règle de Saint-Benoît.
Grâce à l'histoire de ce prieuré, on peut émettre maintenant une hypothèse sur la cause de la confection du parchemin de 1276. En effet, le groupe des religieux de Rougemont était régulièrement contrôlé par les visiteurs envoyés par les abbés de Cluny. Or, deux de leurs rapports, rédigés en 1272 et 1275, mentionnent que la vallée a été ravagée par des guerres, dont le couvent et les moines paraissent avoir souffert 2. Il s'agit sans conteste du long conflit qui opposa à cette époque d'une part le comte Philippe de Savoie, aux côtés duquel était rangé son vassal, le comte Pierre II de Gruyère, et le comte Rodolphe de Habsbourg d'autre part, qui se disputaient la suzeraineté des territoires au sud de l'Aar. En rapport avec ce litige, Pierre II de Gruyère inféoda à Philippe de Savoie les châteaux de la Tour-de-Trême, d'Oex et du Vanel. De cette dernière seigneurie relevaient Rougemont et tout le Gessenay. On peut dès lors admettre que, les hostilités ayant pris fin dans cette région, il s'avéra nécessaire en 1276 de dresser, sinon mettre à jour la liste des tenanciers du Pays d'Enhaut.

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III. Origine des familles du Pays d'Enhaut

Sur l'origine de celles-ci, on peut tenir pour certain qu'elles sont de race burgonde et que, sous la conduite de leurs seigneurs, les comtes de Gruyère, elles colonisèrent ces hautes vallées. Ces derniers, d'abord sous le nom de comtes d'Ogoz 3, furent de hauts dignitaires du royaume de Bourgogne transjurane. Le premier dont l'histoire fasse mention est Turimbert, en 923.

La nature des lieux le voulant, nos ancêtres s'adonnèrent à la culture des champs dans les fonds de vallées, à l'élevage du bétail, à la confection des produits de celui-ci, ainsi qu'à l'exploitation des forêts. En outre, ils accompagnèrent les comtes de Gruyère dans leurs campagnes militaires, qu'elles soient régionales ou lointaines. C'est ainsi qu'ils participèrent aux croisades, qu'ils guerroyèrent à Laupen et Morat, ou encore en Italie, lorsque les comtes de Gruyère se mirent au service des rois de France.

IV. Le château Cottier

Revenant à la famille Cottier, un fait obscur mérite d'être cité. A Château-d'Oex existe un éperon rocheux, qui domine la Sarine et porte le nom de Château Cottier. Sur le sommet et les flancs occidentaux, on trouve des restes de murs calcinés prouvant qu'il y avait naguère à cet endroit un véritable château-fort, occupant une surface de près de 500 m2. Des fouilles effectuées avant 1882 par le Club du Rubly amenèrent la découverte d'une pièce de monnaie, d'une clé et d'une catelle ornée de la grue. On dit que les anciens propriétaires de cette colline y trouvèrent des pièces d'or. Ce château ou castrum est mentionné pour la première fois en 1255, date où Rodolphe III de Gruyère reconnaît le tenir de Pierre II de Savoie. En 1406-1407, les Bernois s'en emparèrent et le détruisirent, à la suite d'un différend relatif au traité de combourgeoisie avec le Gessenay. Quoi qu'il en soit, on se perd en conjectures sur le motif pour lequel il portait le nom de la famille Cottier.

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V. Les franchises de la famille Cottier

L'histoire du comté de Gruyère au XlVe siècle est jalonnée d'actes d'affranchissement de communautés d'habitants et parfois de familles ou d'individus. C'est dans le cadre de ce grand mouvement de libération de charges fiscales que se situent "les franchises de la famille Cottier", dont un parchemin, conservé aux archives de Rougemont, relate les circonstances dans lesquelles elles furent octroyées 4. Vu l'importance de cet événement, nous avons jugé utile d'en donner la traduction complète:

Nous Rodolphe, Comte et Seigneur de Gruyère, faisons savoir à tous présents et à venir qu'il y avait un litige entre nous le prédit Comte d'une part et les frères Rolet, Richard et Cuanet, dénommés Coctiers, fils de feu Huldriot Pitet, dou Crest en la paroisse de Rougemont, d'autre part. Le sujet du litige était le suivant: Nous le prédit Comte nous réclamions auxdits frères, dans les abergements, ténements et biens qu'ils avaient, les droits d'avoinerie, de chaponnerie et de gueyte; à l'instar de tous nos autres hommes. Lesdits frères s'y opposaient, alléguant qu'ils n'étaient absolument pas tenus par ces droits de pillucherie puisque nous mêmes ledit Comte, après avoir fait une enquête auprès de nos prud'hommes de la paroisse de Rougemont, nous avions trouvé que lesdits frères étaient dégagés desdits usages de l'avoinerie, de la chaponnerie et de la gueyte. C'est pourquoi nous le prédit Comte Rodolphe, agissant pour nous-mêmes et notre frère, le Seigneur Jean, ainsi que pour nos héritiers, nous libérons entièrement lesdits frères ainsi que leurs possessions desdits usages de l'avoinerie, de la chaponnerie et de la gueyte, par les présentes, nous engageant par un pacte solennel à ne pas réclamer quoi que ce soit à l'avenir. Ceci a été accordé moyennant onze florins de bon or que nous ledit Comte Rodolphe avons reçus desdits frères comptés en bons florins. Et nous ledit Comte promettons pour nous et nos héritiers, en engageant notre bonne foi en lieu de serment, à ne pas révoquer, en quelque article que ce soit, la présente libération, mais à la tenir inviolablement pour agréée et ferme, à l'observer à l'avenir et à ne jamais venir à l'encontre, ni par nous ni par quelqu'autre à l'avenir. Ont été appelés comme témoins de ces faits Messires Rodolphe Curé de Semsales et le Donzel Amédée de Moudon. En témoignage de quoi, nous le prédit Rodolphe Comte et Seigneur de Gruyère, agissant à la requête des prédits frères Roletus, Richardus et Cuanetus avons jugé bon d'appendre notre sceau à ces présentes lettres avec le sceau dudit Seigneur Jean de Gruyère, Chevalier, notre frère. Donné le mercredi, veille de l'Ascension, de l'an du Seigneur 1379. Ainsi expédié par moi Stephanus Mandergetum.

Nous, Jean de Gruyère, Chevalier Seigneur de Montsalvens, faisons savoir à tous présents et à venir que Messires Rodolphe, jadis Comte de Gruyère, notre prédécesseur, avait libéré les frères Rolet, Richard et Cuanet, fils de feu Huldriot Pitet dou Crest en la Paroisse de Rougemont, ainsi que tous leurs biens de tous les usages de l'avoinerie, de la chaponnerie et de la gueyte, étant donné qu'ils en avaient été reconnus entièrement dégagés après une enquête ordonnée par ledit Comte Rodolphe, enquête faite auprès des prud'hommes de ladite paroisse. Toutefois, dans ladite lettre de libération on ne trouve pas que ladite libération ait été concédée auxdits frères, si ce n'est pour eux et leurs biens mais non point pour leurs héritiers, comme on peut le constater parmi d'autres choses dans ladite lettre de libération annexée aux présentes.
C'est pourquoi nous, le prédit Jean de Gruyère, Chevalier Seigneur de Montsalvens, mû par une cordiale affection à l'égard de ceux qui descendent en ligne directe desdits Rolet, Richard et Cuanet Cottier, voulant éviter que l'on puisse alléguer cet argument en notre faveur mais contre eux et voulant les traiter avec bienveillance, afin qu'ils aient à l'avenir tous les motifs de nous satisfaire, agissant de notre connaissance et spontanément pour nous et nos héritiers et successeurs quelconques, nous confirmons et approuvons les prédits affranchissements et libérations desdits usages de l'avoinerie, de la chaponnerie et de la gueyte, exposés dans la prédite lettre annexée aux présentes dans toute leur teneur et ceci en faveur de toute et singulière personne descendante en ligne directe et légitime desdits feu Rolet, Richard et Cuanet Cottier, ainsi que leurs biens, et ceci en faveur aussi de leurs héritiers légitimes en ligne directe nés et à naître et qui s'avéreront descendre directement d'eux. Nous adhérons ainsi au résultat de l'enquête ordonnée jadis par Messires Rodolphe, Comte de Gruyère, à ce sujet, enquête qui est transcrite ci-dessus, et nous ledit Sire de Montsalvens avons laudé l'affranchissement de ci-dessus librement et par grâce spéciale, mais aussi moyennant un certain grand service qui nous a été rendu par quelques-uns de nos hommes et sujets de la race desdits Rolet, Richard et Cuanet Cottier. Nous promettons en outre, pour nous et les nôtres, par notre bonne foi tenant lieu de serment, de ne pas aller à l'encontre de ce qui précède, ni de consentir à ce qu'un tiers y contrevienne pour aucune raison que ce soit, de droit ou de fait, mais au contraire de tenir pour valides les prédits affranchissements et libérations et tout ce qui est écrit ci-dessus et de les observer inviolablement comme ils sont exprimés, renonçant à tous droits, exceptions, allégations de droit et de fait, à toutes coutumes de la patrie et du lieu, par lesquels on pourrait contrevenir à ce qui précède, renonçant enfin au droit réprouvant la renonciation générale. Les témoins suivants ont été convoqués: Noble Jean d'Everdes, discret Jean Goncet et Claude Simulchiez de ladite paroisse de Rougemont. En témoignage de quoi, nous, ledit Sire de Montsalvens, avons apposé notre sceau accoutumé pour de tels actes avec le signet manuel du notaire soussigné aux présentes lettres. Donné le huitième jour du mois de février, l'an du Seigneur 1495, signé G.Maioris.
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Pour comprendre le sens véritable de cet acte, il convient de rappeler que, selon le droit coutumier médiéval, les sujets des comtes de Gruyère étaient redevables envers lui de multiples impôts en nature ou en espèces, dont ils tentaient de se libérer en les rachetant à leurs maîtres, qui favorisaient d'autant plus ces affranchissements qu'ils étaient eux-mêmes constamment à court d'argent pour entretenir leur cour dispendieuse.

C'est donc en 1379 que le comte Rodolphe IV de Gruyère accorde aux frères Rolet, Richard et Cuanet, fils d'Huldriot le Petit et dénommés "Coctiers", habitant le Crêt, en la paroisse de Rougemont, la libération du paiement des droits suivants:

1. L'avoinerie et la chaponnerie; à l'origine, il s'agit d'un droit prélevé par le seigneur en compensation de la diminution de revenus en nature subie lorsque, abandonnant l'exploitation personnelle de ses terres, il a concédé des tenures à ses hommes. Cette justification a été rapidement oubliée, de telle sorte que le seigneur a exercé ces droits parce que ses prédécesseurs avaient réussi à les faire entrer, puis à les maintenir dans la coutume.

a) La chaponnerie 5 est un droit, qui s'acquitte par foyer ou en raison du domicile et selon lequel il est dû un chapon par an;
b) L'avoinerie 6 est un droit perçu annuellement en principe sous forme d'une coupe d'avoine.


2. La gueyte 7 est un droit permettant d'assurer la défense militaire du fief, plus spécialement du château ou du bourg. Parfois, elle est transformée en une prestation en nature, coupe de froment, ou en espèces.
Toutefois, un litige portant sur l'interprétation de cet acte de franchise surgit un siècle plus tard. En 1495, les descendants des bénéficiaires s'adressèrent à Jean Ier de Gruyère pour en obtenir la reconnaissance et le maintien à titre héréditaire. En effet, à la lettre, la libération de 1379 peut s'entendre que pour les seuls frères Rolet, Richard et Cuanet Cottier et non pour leurs descendants. Libéral, ce seigneur leur confirma ces franchises pour ceux-ci également, en échange de quelques services.

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VI. Division de la famille Cottier à la suite de la Réforme

Le caractère volontairement sommaire de cette étude ne permet malheureusement pas de citer tous les actes et documents, qui attestent la présence de membres de la famille Cottier à des événements jalonnant l'histoire de Rougemont ou du comté de Gruyère aux XVe et XVIe siècles. Nous accorderons cependant une mention spéciale au schisme causé par la Réforme au sein de cette famille.
Le 9 novembre 1554 fut prononcée la faillite du comte Michel de Gruyère, qui dut abandonner ses biens et ses droits en mains de ses créanciers, au nombre desquels intervinrent les plus importants, Fribourg et Berne, qui se partagèrent le territoire du comté, Fribourg prenant la Basse Gruyère et Berne la Haute Gruyère, soit le Pays d'Enhaut actuel et le Gessenay. Le 19 novembre 1555, le prieuré de Rougemont est supprimé par décret de LL. EE. et les moines s'enfuirent le 25 décembre, pour se réfugier au prieuré de Broc.
En janvier 1556, le réformateur Pierre Viret monta le premier à Château-d'Oex et Rougemont, accompagné d'Hugues Turtaz, de Morat. Il fut suivi de Farel, qui prêcha à Rougemont, dans le courant du printemps. La conversion au protestantisme ne fut pas facile, si l'on en juge par le fait qu'au sein des Cottier de Rougemont une forte opposition se manifesta contre la foi nouvelle. Refusant cette dernière, un certain nombre de Cottier quittèrent le village et, passant les monts, se réfugièrent à Bellegarde, dans le bailliage fribourgeois du même nom, donnant selon la tradition naissance à la branche catholique des Cottier. C'est là un des rares exemples en Suisse de familles divisées par la Réforme.
Que sont devenues ces deux branches à partir du milieu du XVIe siècle jusqu'à nos jours? Sur la base de la documentation que nous avons recueillie, nous allons en donner quelques aperçus ci-après.

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VII. La branche catholique

Nous ne saurions aborder ce chapitre sans rendre un vibrant hommage à l'abbé Athanas Thürler, originaire lui aussi de Bellegarde, qui s'est consacré depuis plusieurs années à l'histoire de cette localité et des familles qui en sont bourgeoises. Il a pu ainsi reconstituer la généalogie complète des rameaux de la branche catholique des Cottier et l'essentiel de la biographie des personnes qui les composent.
Partant de Peter Cottier, dont la famille venait de Rougemont, il a établi que, du mariage de ce dernier vers 1590 avec Margaretha Reller, originaire d'Abländschen, il était issu trois filles et cinq garçons. De ces derniers, l'abbé A. Thürler donne toute la descendance. Peter Cottier avait pris domicile à Im Fang, pittoresque hameau de la commune de Bellegarde. De sa postérité, nombreux sont les Cottier qui demeurèrent ou demeurent encore dans cette région, s'y livrant aux travaux propres à l'économie alpestre, et certains sont de riches propriétaires de pâturages et de forêts. Ils parlent allemand, car Bellegarde a la particularité d'être la seule commune de la Gruyère où l'on s'exprime dans le dialecte suisse allemand pratiqué dans le Haut Simmental et le Saanenland.
On dénombre dans la branche catholique des Cottier plusieurs personnalités marquantes, dont il convient d'esquisser un bref profil.
Nous commencerons par un des fils de Peter Cottier, le pieux Udalric qui, après avoir été au service de la famille d'Affry, légua, par testament du 5 juillet 1661, l'argent nécessaire pour l'édification d'une chapelle à Im Fang, afin que le service divin puisse être célébré dans ce hameau. Cette humble chapelle, restaurée récemment par des membres de la famille Cottier, dresse son petit clocheton à la limite des jardins potagers et des prés.
Pour rester dans le domaine de la foi, beaucoup de Cottier fribourgeois ont eu une vocation ecclésiastique:

- Johann Cottier (1876-1936), docteur en théologie de l'Université de Bâle, curé d'Aeschi (Soleure);
- Tobias Cottier (1886-1961), devenu en religion le Frère prêcheur Bonaventura Cottier, du couvent dominicain de Retz, en Basse-Autriche;
- Athanas Cottier (1902-1969), docteur en théologie, curé à Zurich, puis directeur de l'Oeuvre de Canisius, importante congrégation de Soeurs missionnaires, à Fribourg;
- Emile Cottier (1874-1935), en religion le Père capucin Athanas;
- Rosa-Mathilde Cottier (1897-1964), en religion Soeur Canisius, du couvent des Soeurs de la Charité, à Besançon;
- Albert Cottier (1901-1935), rédemptoriste, missionnaire en Bolivie, aumônier dans l'armée bolivienne, cité trois fois à l'ordre de celle-ci pour conduite héroïque, au cours de la guerre du Grand Chaco.

 

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Mais la figure la plus prestigieuse de cette lignée d'ecclésiastiques est sans conteste Mgr Athanase Cottier (1864-1949), prélat de la Maison de Sa Sainteté. Après de brillantes études au Collège Saint-Michel de Fribourg, il prit le chemin de Rome, où il fut étudiant à l'Université grégorienne. Il devint successivement bachelier en droit canon, docteur en philosophie et docteur en théologie. C'est aussi à Rome qu'il fut ordonné prêtre. Nommé curé de La Chaux-de-Fonds, il présida aux destinées de cette paroisse durant 54 ans. En 1925, il devint chanoine non résidant de la Collégiale de Fribourg. Doyen du décanat de Saint-Boniface, qui couvre le canton de Neuchâtel, il négocia et conclut en 1942 le Concordat entre l'Etat de Neuchâtel et l'Eglise catholique.

Sur le plan laïque, nombreux sont les Cottier fribourgeois qui se distinguèrent.
Ne pouvant les citer tous, nous mentionnerons cependant:

- Johann, Michael et Peter Cottier, qui furent baillis de Bellegarde, au XVIle siècle;
- Fernand Cottier, né en 1901, à Genève; propriétaire de l'Hôtel International et Terminus, il devint colonel d'infanterie, conseiller national et maire de Genève. Son fils Jacques est avocat et pratique le barreau en cette ville;
- Raphaël Cottier (1891-1974), docteur en droit de l'Université de Fribourg; il fut secrétaire général des Chemins de Fer Fédéraux, directeur du IIIe arrondissements des CFF et fut nommé en 1950 directeur de l'Organisation internationale des chemins de fer. Dans l'armée, il atteignit le grade de colonel;
- Hans Cottier et Paul Cotticr, professeurs de médecine à Berne;
- Jean-Marie, Anton et Marius Cottier, avocats à Fribourg.


Nous devrions encore énumérer tous les Ambros, Christoph, Christ, Albin, Dionys, Fritz, Karl, Kurt, Ewald, Alexis, Manfred, Florian, Polykarp, Linus, Tobias, Pius, Reynold, Basil, et autres Patrick ou Christian, qui jalonnent les rameaux de la branche catholique, d'une décennie à l'autre; agriculteur, cafetier, vétérinaire, gendarme, postier, architecte, commerçant, conducteur de train ou fonctionnaire de l'Etat, ils ont tous oeuvré honnêtement, fondé des familles nombreuses et sont morts, le plus souvent très âgés, entourés de l'affection et de l'estime de leurs concitoyens, si l'on en croit les nombreuses nécrologies collationnées avec tant de soin par l'abbé A. Thürlcr.
Parmi elles, nous détacherons un passage pittoresque du Bulletin paroissial de Bellegarde relatant l'humble fin d'Ernest Cottier, agriculteur à Vuadens et frère de Mgr Athanase Cottier:

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Ernest, quoique courbé par le dur labeur, monta plus haut encore sur l'échelle de la vie et atteignit le 83e échelon où l'attendait l'ange de la mort. La perte de la mémoire et la faiblesse sénile furent, durant les derniers mois de sa vie et malgré les soins affectueux des siens, son dur chemin de calvaire. Lentement détaché de cette terre, après une vie toute de fidélité à Dieu dont les commandements étaient pour lui, durant les beaux et les mauvais jours, la règle de vie, muni des saints sacrements, il termina sa vie ici-bas pour atteindre son but éternel, le ciel.

C'était le mercredi 9 février 1944, un jour où 1' "arrière-hiver de montagne menait son jeu hallucinant de flocons tourbillonnants ".

Et le chroniqueur de conclure: "Chaque foyer de Bellegarde est porteur d'une parcelle de l'histoire de sa petite patrie. Mais les familles émigrées portent encore plus une responsabilité spéciale, en particulier celle de faire honneur toujours et partout à leur lieu d'origine par l'accomplissement fidèle des devoirs religieux et une conduite honorable dans le commerce et les relations."

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VIII. La branche protestante

Dès 1555, Rougemont devint le siège du bailliage de Gessenay, englobant les quatre communes de Gessenay, Rougemont, Château-d'Oex et Rossinière. Ce ne fut pas sans difficulté qu'on y installa le premier bailli, si l'on en juge par la chronique de la paroisse de Rougemont:

Au commencement de l'an 1556: Le Sénat de Berne estant assemblé pour eslire un Seigneur pour Baillif qui gouvernat les dittes quatre paroisses; il n'y eut aucun Seigneur des deux Cents qui voulut embrasser ceste charge, à cause non seulement de la Rusticité de ce peuple, mais d'autant qu'estant imbuz d'idolatrie, il semblait difficile de la leur faire quitter.

Pourtant, les liens de cette région avec LL. EE. de Berne ne dataient pas de la disparition du comté de Gruyère, mais du traité de combourgeoisie conclu le 26 juin 1403, qui prévoyait notamment une assistance mutuelle.

Sous le régime bernois, qui fut regretté dans cette contrée lors de sa chute en 1798, les habitants vécurent paisiblement et l'économie alpestre y devint prospère, comme l'attestent d'ailleurs la beauté et la qualité des chalets, qui y furent édifiés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les magnifiques inscriptions qu'on lit sur leurs façades ouvragées montrent que plusieurs familles Cottier participèrent à cette prospérité.8

C'est le cas du banderet Jean-Rodolphe Cottier, qui bâtit sa demeure en 1701, devenue l'ancienne école de Rougemont.

" A la Rouchettaz ", territoire de Rougemont, Pierre Cottier fait bâtir en 1728 un chalet " Le précédent ayant été brûlé malicieusement par Jean-Jacques Cottier Cottonnet le 26 octobre l'an 1727 ".

Jean-Jacob Cottier construit " Aux Allamans ", en 1734.

Honnête Pierre Cottier en fait de même dans le même quartier, en 1767.

Moïse Cottier bâtit sa demeure à Flendruz en 1662, Guillaume Cottier, en Crêt, en 1667, Honorable Jehan Cottier, au Pont de Pierre, en 1682.

Pour terminer cette liste, d'ailleurs incomplète, nous citerons en entier l'inscription figurant sur la façade roussie d'un chalet, " Aux Combes ", construit en 1784:

PAR LE SECOUR DIVIN LE SIEUR ABRAM COTTIER ET MADELEINE DU PERR'E SA FEMME ONT FAIT BATIR CETTE MAISON PAR MAITRE LOUYS PILET ET SES CONSORTS LAN 1784 QUE LA FRAGILITE DE NOS EDIFICES NOUS EN FACES CHERCHER DES PLUS SOLIDE' AFIN QUAPRES AVOIR SÉJOURNES ICI BAS C0MME ETRANTGER DES CIEUX NOUS EN SOYONS FAIT BOURGEOIS POUR VIVRE ETERNELLEMENT AVEC TOI AMEN.
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A cette époque, on trouve des Cottier qui occupent les charges ministérielles du bailliage: juges, banderets, curiaux, métraux, châtelains, etc.

Parlons aussi de Pierre Cottier, appelé le Bienfaiteur, à Saanen. La chronique de la paroisse de Rougemont mentionne à son propos: " Nous devons revenir en cette année 1725 pour relater l'anecdote suivante de Pierre Cottier de Rougemont qui aurait légué ses biens à la paroisse de Gessenay parce que Rougemont lui refusait un banc à l'Eglise. Etabli dans cette commune de Gessenay où il exerçait la profession de vétérinaire, sans descendants directs Cottier, par testament du 8 janvier 1725, légua aux écoles de la paroisse qui comprenait alors Gessenay, Lauenen, le Châtelet et Ablenschen ses pâturages de Martigny et de Plantierin situés dans la commune de Rougemont. Esther Cottier-Bovay sa femme légua 1600 couronnes pour le même but. Sur quoi Gessenay exprima sa reconnaissance le 15 novembre 1746 en octroyant un banc à l'Eglise pour les deux époux.

" Par codicille du 7 novembre 1747 les montagnes des Ouges et des Comballes sur territoire de Rougemont furent léguées aux pauvres de la paroisse de Gessenay.
" Le 28 novembre suivant mourait Pierre Cottier et le 5 novembre 1750 sa veuve légua tout ce qui lui restait aux pauvres de ladite paroisse. Après sa mort survenue le 6 mai 1760 les parents des époux Cottier attaquaient leurs dernières volontés. On aboutit à une transaction par laquelle la paroisse de Gessenay renonçait au pâturage des Planards et versait 200 couronnes mais gardait tous les autres biens..."

Aujourd'hui, les revenus de la fondation Cottier sont toujours affectés aux écoles. Gessenay en touche les 7/9, Lauenen et Ablenschen les 1/9 chacune."

 

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A cette anecdote pittoresque nous en ajouterons une autre, qui peut-être concerne un Cottier originaire de Rougemont ou de Bellegarde. Dans son ouvrage " Le Rhin ", Victor Hugo écrit une lettre portant le chiffre 39 et consacrée à la description de Lausanne, Vevey et Chillon. Décrivant précisément le fameux château de la maison de Savoie, il écrit ce passage, aussi curieux que peu vraisemblable: " Le premier des cinq compartiments ne m'a pas moins intéressé que le cinquième. Dans le cachot de Bonnivard il y eut l'intelligence, dans celui-ci il y eut le dévouement. Un jeune homme de Genève, nommé Michel Cotié, avait pour le prieur de Saint-Victor un attachement mêlé d'admiration. Quand il sut Bonnivard à Chillon, il voulut le sauver. Il connaissait le château de Chillon pour y avoir servi; il s'y introduisit de nouveau et s'y fit donner je ne sais quelle besogne domestique. Quelque imprudence le trahit: il fut pris essayant de communiquer avec Bonnivard. On le traita en espion et on le mit dans un cachot (le premier à droite en entrant). On l'aurait bien pendu, mais le duc de Savoie voulait des aveux qui compromissent Bonnivard. Cotié résista vaillamment à la torture. Une nuit il tenta de s'échapper: il scia sa chaîne et perça le mur avec un clou, il grimpa jusqu'à un des soupiraux et arracha une barre de fer. Là il se crut sauvé. La nuit était très noire; il se jeta dans le lac; il n'avait séjourné au château que l'été, et il avait remarqué que l'eau du lac montait à quelques pieds au-dessous des soupiraux; mais c'était l'hiver. En hiver, il n'y a plus de fontes de neige, l'eau du lac baisse et laisse à découvert les rochers, dans lesquels est enraciné Chillon; il ne les vit pas et s'y brisa... "

Revenant au Pays d'Enhaut, nous constatons que, sous le régime bernois, la prospérité, dont nous parlions plus haut, entraîna une augmentation sensible de la population, mais cependant tous les habitants ne purent y trouver leur gagne-pain et nombre d'entre eux émigrèrent et s'installèrent dans des localités du pied du Jura, pour s'adonner à l'élevage du bétail et la fabrication du fromage, d'où le fait que dans cette région ce dernier est aujourd'hui encore qualifié de fromage de Gruyère. D'autres habitants s'enrôlèrent dans le service mercenaire ou cherchèrent meilleure fortune en Amérique. Les Cottier n'échappèrent pas à ce mouvement et d'aucuns s'installèrent, aux XVIIe et XVIIIe siècles, à Aubonne, Apples, Daillens, Môtiers et autres lieux, dont ils acquirent la bourgeoisie, tout en conservant celle de Rougemont.

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a) Apples - Pas de renseignement sur cette branche de la famille, sinon qu'elle a acquis la bourgeoisie d'Apples en 1792, où un Cottier aurait été syndic. Néanmoins, mention doit être faite de Victor Cottier, député au Grand Conseil de 1914 à 1918 et conseiller communal à Lausanne, de 1912 à 1918. Son fils Albert-Victor fut également conseiller communal, à Lausanne, de 1942 à 1970, et président de ce Conseil en 1959. De 1946 à 1971, il fut directeur et administrateur-délégué des Imprimeries Populaires de Lausanne et Genève.

b) Aubonne - Les Cotticr d'Aubonne prétendent descendre d' " honnête jean-Daniel Cottier ", de Rougemont, qui sollicita et obtint la bourgeoisie de cette ville le 23 juin 1787, pour le prix de 1147 florins six sols " outre le vin ordinaire ".
De son union avec Louise Monnay, il eut, entre autres enfants, Auguste Cottier, qui fit carrière à Paris, où il compte encore une postérité de nationalité française. Un de ses fils, Charles, mourut glorieusement au cours de la première Guerre mondiale. Une fille, Yvonne, épousa le Dr Frossard, médecin attaché à la Présidence de la République.
Charles Cottier, un autre descendant de Jean-Daniel Cottier, séjourna à Saint-Pétersbourg, puis s'établit à Monte-Carlo, où il exploita l'Hôtel National. En secondes noces, sa fille Julia épousa Jules Geny, qui fut longtemps le conseiller financier du prince de Monaco. Ce couple eut une fille, Germaine, qui épousa le général Georges Granier, qui se distingua dans la défense de Nice, au cours de la deuxième Guerre mondiale; après celle-ci, il quitta l'uniforme et devint administrateur-délégué du Casino et des Eaux d'Evian. Il ne semble cependant pas que ce rameau soit seul originaire d'Aubonne. On trouve en effet dans le canton de Vaud d'autres familles, qui se réclament également de la bourgeoisie de cette ville. M. François-Daniel Cottier, fils d'Henri, médecin-dentiste à Vevey, est lui-même né à Aubonne. M. André Cottier-Godel, fils de Paul, concierge du collège de Montgoulin à Prilly, est aussi natif d'Aubonne; M. Paul-Henri Cottier-Gerber, directeur à Lausanne, également.

c) Daillens - La famille Cottier est mentionnée pour la première fois en 1751 dans le registre de cette commune. En effet, Jacob Cottier, fils de Jehan-Lois, né à Thierrens le 16 mars 1684, s'établit à Daillens comme " fruitier de M. de Saussure et admodieur de M. de Bournens ". Son petit-fils, Paul-Georges-Louis, s'en alla habiter Missy et il. est ainsi à l'origine de l'importante souche qui existe encore en cette localité.
Des Cottier de Daillens descendent Henry Cottier, docteur ès-sciences économiques, qui fut conseiller national et joua un très grand rôle dans le monde économique romand. Son fils, Jean-Pierre, docteur en droit et avocat, est actuellement président du Tribunal du district de Lausanne.

d) Môtiers - Dans le canton de Neuchâtel, on trouve un rameau des Cottier, originaire de Rougemont. Né à Cortaillod en 1840, Fritz Cottier alla s'établir vers 1870 à Môtiers, dans le Val-de-Travers. Il en obtint la bourgeoisie quelque temps plus tard.
Ce sont ses descendants qui sont copropriétaires des champagnes Mauler.
A cette branche appartient André Cottier, ingénieur agronome, diplômé de l'Université de Rennes, qui fonda à Grasse une entreprise de parfumerie, dont son fils assume la succession ainsi que le développement aux Etats-Unis.
C'est aussi à cette famille qu'est rattaché Jean Cottier, de nationalité française, inspecteur des Finances et directeur de la Banque des Règlements Internationaux pour le tiers monde, résidant à Neuilly.
Son père était Pierre Cottier, fils lui-même de Fritz.
Roger Cottier, ingénieur à Lausanne, est aussi originaire de Môtiers. Il est le fils de Maurice Cottier, qui fut directeur de la Compagnie de chemins de fer Aigle-Sépey-Diablerets. Ce dernier était aussi un des quatre fils de Fritz Cottier.

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e) Autres bourgeoisies - Il y a enfin des branches éparses des Cottier de Rougemont, dont il importe de faire mention, si l'on veut être le plus complet possible dans l'état actuel de la documentation recueillie.
Dans cet ordre d'idée, mentionnons les Cottier, qui ont exploité durant une centaine d'années l'hôtel du "Lion d'Or" (Löwen) à Münsingen (canton de Berne) et qui, en plus de la bourgeoisie de Rougemont, ont acquis celle de Thoune. Ce rameau a pour dernière descendante Mrne Marguerite Roth-Cottier, à Wangen s/Aar.
M. Jean-Pierre Cottier, négociant à Genève, nous a annoncé que sa famille était bourgeoise de Rougemont et Genève.
M. Georges-Alfred Cottier, banquier à Genève, est pour sa part bourgeois de Rougemont, Apples et Genève.
Quant à M. André-Henri Cottier, employé de banque, à Genève, il a pour communes d'origine Rougemont, Aubonne et Vernier.
Parmi les Cottier, bourgeois de Rougemont, qui se sont expatriés, il faut citer David Cottier, né le 15 mars 1774, qui devint préposé aux douanes, à Versoix. Un de ses fils, Charles, émigra aux USA, où il fonda à New York une maison de joaillerie sous la raison sociale: " Charles Cottier and Son, Importer of Precious Stones, 171 Broadway". Un autre fils, Joseph-Marie (1807-1884), devint voiturier, exploitant la ligne Genève-Dijon. Il était de nationalité française. Son fils, Emmanuel (1858-1930), fut maître-horloger à Carouge. Il inventa plusieurs modèles d'horlogerie et son atelier, rue Saint-Victor, était un rendez-vous d'artistes. Il acquit la bourgeoisie de Céligny, où il avait vécu enfant. Il eut un fils, Louis-Vincent (1894-1966), qui fut également maître-horloger. Son atelier est du reste exposé au Musée de l'horlogerie à Genève. Il est connu comme peintre et dessinateur de talent; il fut aussi historien de la ville de Carouge, où il passa toute sa vie. Parmi sa nombreuse descendance, il faut citer le Père dominicain Georges Cottier, né en 1922, professeur à l'Université de Fribourg et représentant l'Église catholique à la Télévision romande. Son frère, Jean-Pierre Cottier, né en 1927, est architecte-urbaniste à l'Etat de Genève.
Le Livre d'Or des familles vaudoises mentionne encore qu'une famille Cottier serait devenue bourgeoise de Gland en 1882, après avoir résidé au préalable à Veigy (Haute-Savoie). Il indique aussi que des rameaux Cottier ont acquis la bourgeoisie de Commugny à une date indéterminée, et celle de Tannay en 1800 9.
L'émigration de certains Cottier sous d'autres cieux les amena à changer de nationalité. Comme nous l'avons déjà mentionné, d'aucuns acquirent la nationalité française, d'autres sont citoyens américains, témoin Hamilton Cottier, à Princeton, New Jersey (USA), dont le nom figure en bonne place dans le catalogue bien connu des personnalités marquantes des Etats-Unis 10.

f) Rougemont- Notre exposé serait incomplet si nous ne traitions pas le chapitre des Cottier, appartenant à la branche protestante et restés bourgeois de la seule commune de Rougemont, qu'ils soient restés sur la terre des ancêtres ou qu'ils l'aient quittée pour s'établir ailleurs.

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A cette dernière catégorie se rattachent des familles qui habitent aujourd'hui Aigle, L'Auberson, Cheseaux, Cugy, Leysin, Montreux, Morges, Payerne, Pully, Territet, Villars-Tiercelin, Yverdon et Yvorne; hors du canton nous en trouvons à Genève, Saint-Maurice et Monthey.
Malheureusement, nous ne disposons que de très peu de renseignements sur ces familles. Nous mentionnerons cependant Charles Cottier-Boys (1798-1871), qui fut directeur de la Banque Cantonale Vaudoise et philanthrope 11.
A Giez, on trouve mention d'un Nicolas Cottier (1684-1751), fils de François, qui est à l'origine d'une famille Cottier, qui vécut à Bonvillars, puis à Orbe, où l'on trouve François-Adam (1801-1870), notaire, Auguste (1823-1896), notaire et major, commandant successivement les 50e et 111e bataillons de réserve fédérale, Charles (1852-1917), vétérinaire, major de troupes sanitaires, qui devint en 1888 vétérinaire de la Ire division. Il fut le promoteur de la race bovine rouge et blanche12. De ce dernier descend Emile, directeur de l'Hôpital cantonal et universitaire, au militaire lieutenant-colonel d'infanterie.

Enfin, nous réserverons une place spéciale aux familles, restées inébranlablement enracinées à Rougemont, où elles perpétuent le nom de Cottier au lieu même d'origine. Pour elles, ce jubilé a une résonance encore plus profonde puisque, de siècle en siècle, leurs ancêtres n'ont cessé de cultiver leurs champs, d'élever leur bétail et d'exploiter leurs forêts, sur le vaste et magnifique territoire communal.

IX. Les armoiries


Les armes des Cottier sont diverses, mais, qu'il s'agisse de la branche catholique ou de la branche protestante, la plupart portent un bélier passant ou issant. D'ailleurs, à Bellegarde, les Cottier sont souvent surnommés "Widder" (bélier en allemand).

Si l'on se réfère à l'armorial vaudois de Galbreath13, les armes des Cottier sont décrites: "de gueules au bélier passant d'argent sur un mont à trois coupeaux de sinople, accompagné en chef de trois étoiles d'or; cimier: un bélier issant". On trouve ces armes sur une plaque de zinc, gravée à l'eau-forte et au burin, probablement une plaque de banc d'église de 1670 environ, provenant de la succession Dulon, de Vevey. Une channe, exposée au Musée du Pays d'Enhaut, et portant le nom de Rodolphe-David Cottier, porte les mêmes armoiries.

L'armorial Favrod-Conne de 1785 donne de celles-ci les mêmes représentations, mais avec une seule étoile en chef et à dextre. Un cachet aux initiales FDC, du XVIIIe siècle, donne un écu au bélier issant (coll. C. Morton).
Sur un chalet en 1732, à " l'Oudon", dans les armes d'Esther Cottier, femme de Jean Henchoz, le bélier a l'aspect d'un ourson rampant sur trois monts. I1 y a un chef, mais les étoiles ne sont pas visibles.

Certaines branches des Cottier ont un bélier issant couronné avec une seule étoile en chef à sinistre.
Un Cottier, greffier de la justice de paix à Rougemont, avait en 1842 un cachet aux initiales P.C., mais avec des armes portant un croissant soutenu de trois monts et surmonté d'une étoile.
Singulières sont aussi les armoiries décrites sur un document datant de 1875 et appartenant à M. Michel Cottier, de Genève: " Il existe deux blasons établissant deux étymologies différentes du nom Cottier, savoir:

1. - L'un, relevé en 1794 à Rolle, mentionne "Armes Cottier" Porte champ d'azur, à un homme dit pillotte Cottier = habillée d'or, dans un batteau de gueules, soit rouge coupé d'une mer d'Argent, entre des Rochers d'Or. L'azur représente le Ciel, la joie, amour et beauté; l'homme signifie le nom Cottier, qui connaît les endroits dangereux des rochers qui sont dans la mer.

2. - Un tableau obtenu à Milan, en 1855. Il représente au milieu de l'Ecu, une cotte d'armes ou casaque que mettaient les hommes d'armes sur la Cuirasse. On a donné le nom de Cottier à l'inventeur ou plutôt à une famille d'artisans exclusivement employée à fabriquer cet objet."

Quant à Pierre Cottier, dit le Bienfaiteur, devenu bourgeois d'honneur de Saanen en 1746, ses armoiries portaient une croix blanche sur une pointe blanche, le tout sur fond rouge. Ces armes sont celles d'une famille Cottier ou Gottier, bourgeoise de Berne 14.

Dans une collection privée à Gstaad se trouve un vitrail de mariage de David Cottier et de Suzanna Roschi, 1813. Les armes de l'époux portent une colombe posée sur un rameau, avec un rameau d'oliviers dans le bec 15.

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X. Le nom de la famille Cottier

Au Moyen Age, l'identification des individus était sommaire, en ce sens qu'il leur était attribué ce que nous appelons un prénom, auquel était ajouté un surnom, le rattachant à un parent, ou à un lieu, ou un sobriquet relatif à une origine, à une profession ou fonction. A la longue, le surnom ou le sobriquet a subsisté pour la commodité de la transmission des biens ou droits patrimoniaux. L'acte de franchise des Cottier démontre la réalité de ce principe d'identification, car les frères Rolet, Richard et Cuanet sont dénommés ou surnommés " Coctiers ".
Plus tard, les notaires, dont le rôle principal consiste à rédiger les actes de transmissions de biens immobiliers, et les pasteurs, qui tenaient les registres d'état civil, avaient de l'orthographe des noms de famille des notions fort fantaisistes. C'est la raison pour laquelle, en ce qui concerne la famille Cottier, on trouve les dénominations suivantes : Cotti, Cot'hiez, Cothiez, Cottj, Cottiés, Cotié ou encore Cotier.

XI. Conclusion

Grâce à l'ancienneté de leurs annales, les Cottier donnent l'image, ce qui est chose rare, du développement social dès le Moyen Age d'une famille autochtone. Issue en effet des colons d'origine burgonde qui, sous les comtes de Gruyère, défrichèrent le Pays d'Enhaut en des temps immémoriaux, cette famille émerge sur le plan de l'histoire en 1276. Jusqu'à la fin de la dynastie de Gruyère, ses membres restèrent intégrés dans le cadre d'une économie alpestre, réserve faite des périodes troublées où ils combattirent sous la bannière du comté. Dès l'époque bernoise, la plupart des Cottier continuèrent d'exploiter leurs domaines de montagne et de remplir des fonctions au sein de l'administration du bailliage de Rougemont, mais certains durent par nécessité quitter le Haut Pays, pour exercer la même profession en plaine, sinon se vouer à l'artisanat. Dès lors, on rencontre des Cottier dans toutes les couches de la population et, à quelque degré que ce soit, ils servent et honorent leur patrie, tout en restant profondément attachés à leur antique commune d'origine: Rougemont.

En cette année jubilaire, c'est par centaines que les membres de la famille Cottier, protestants ou catholiques, se réuniront à Rougemont, le 5 septembre 1976, pour connaître leur passé et honorer la mémoire de leurs ancêtres. Dans les temps troublés que nous vivons, où toutes les valeurs traditionnelles sont remises en cause, une telle commémoration témoigne du patriotisme, dans le sens originel du terme, d'une communauté familiale qui, parmi des milliers de semblables, est une composante de notre nation.

Jean-Pierre COTTIER,
docteur en droit et avocat.

 

L'auteur exprime sa très vive reconnaissance à toutes les personnes qui lui ont procuré documents et renseignements utiles pour la rédaction de cette plaquette, en particulier M.F. Cuennet, archiviste de l'Etat de Fribourg, M.O. Dessemontet, archiviste de l'Etat de Vaud, l'abbé Athanase Thürler, à Fribourg et M. le pasteur Alain Cheseaux à Rougemont.

 

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NOTES
1

A.C.V.Fc I/I

Retour > canton

2

Extraits des "Visites et Chapitres généraux de l'ordre de Cluny, touchant la Province d'Allemagne ", d'après G.F. Duckett: Visitations and Chapters gen., London, 1893.

Retour > souffert

3

Ogoz, Oesch et Uechtland dériveraient du celtique, avec la signification de haut pays.

Retour > Ogoz

4

Archives communales de Rougemont, D 72.

Retour > octroyées

5

Philippe Champoud, Les droits seigneuriaux dans le Pays de Vaud, Vevey 1963, p. 8z.

Retour > chaponnerie

6

op. cit. p. 83

Retour > avoinerie

7

op. cit. P. 94.

Retour > la gueyte

8

Art rustique au Pays d'Enhaut romand, inscriptions de maisons, Bâle 1929.

Retour > prospérité

9

Henri Delédevaut et Marc Henrioued, Le Livre d'Or des familles vaudoises, Lausanne, 1923, p. 122.

Retour > 1800

10

Social Register New York, 1973, p. 178.

Retour > Etats-Unis

11

Livre d'Or des familles vaudoises, p.122

Retour > philanthrope

12

op. cit. p.122

Retour > blanche

13

Galbreath, Armorial vaudois, tome 1, 1934 F.

Retour > Galbreath

14

Familienwappen der Landschaft Saanen, 2e édition 1971, p. 8.

Retour > Berne

15

Familienwappen der Landschaft Saanen, 2e édition 1971, p. 8.

Retour > le bec