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700ème"
NOTICE HISTORIQUE SUR LA FAMILLE
COTTIER
ORIGINAIRE DE ROUGEMONT, PAYS D'EN HAUT
par Jean-Pierre Cottier, docteur en droit et
avocat.
1. Préambule
Une des originalités de la Suisse réside
dans le fait que chacun de ses ressortissants n'est pas
seulement titulaire de la nationalité de ce pays et
citoyen d'un canton, mais encore et surtout bourgeois d'une
commune. Ce dernier rattachement est sans conteste le plus
fort, parce que le moins abstrait. A cet égard, on
peut dire que tous les Suisses aiment, au moins une fois
dans leur vie, rendre visite à leur commune d'origine
et en général l'attrait de celle-ci est en
proportion inverse de son importance, car nous avons une
prédilection pour les communautés où
l'on se sent au coude à coude, de telle sorte que
l'isolement et l'égoïsme, si néfastes de
nos jours, disparaissent pour faire place à la
solidarité, à la fraternité et, en
définitive, au civisme, qui est la force d'une
nation.
Le rattachement bourgeoisial est aussi le plus ancien car,
dans le processus historique de formation de la
Confédération, la commune a
précédé le canton et l'Etat
fédéral, ce dernier ne datant que de 1848.
C'est au Moyen Age, époque où les
nationalités, telles que nous les concevons,
n'existaient pas encore, que les personnes habitant la
même localité y formaient une
communauté, dont les membres appelés
bourgeois, étaient liés les uns aux autres par
un certain nombre de devoirs et d'obligations réglant
la vie communautaire, en particulier l'assistance
matérielle en cas de détresse.
C'est en vertu de telles traditions que la famille COTTIER
est bourgeoise de Rougemont, dans le Pays d'Enhaut,
où sa présence est signalée
déjà au XIIIe siècle.
Le jubilé, que commémore cette modeste
étude, a pour référence l'année
1276, date marquant l'accession de la famille COTTIER sur le
plan de l'histoire.
^
II. Le terrier de 1276
Il existe en effet aux archives cantonales vaudoises un
vénérable parchemin considéré
comme le plus ancien terrier, ou registre des tenanciers de
terres, conservé dans notre canton
1. Il est daté de
ce millésime et énumère les noms de 169
personnes, dont les biens fonciers sont situés entre
la Tine, sur le territoire actuel de Rossinière, et
le ruisseau de Flendruz, qui sépare Rougemont de
Château-d'Oex. C'est précisément parmi
eux que nous découvrons un abergataire du nom
de COTYER qui, selon le droit médiéval,
était au bénéfice d'un contrat lui
réservant l'utilité d'un bien foncier pour une
longue durée, la propriété de
l'immeuble restant au seigneur, qui percevait une redevance
annuelle. Le document en question cite aussi les noms de
quelques familles qui existent encore: Morier, Bricod,
Massard, Lenoir et Duperrex qui, avec celles des Cottier,
sont ainsi les plus anciennes de l'actuel canton de Vaud,
à l'exception de quelques familles nobles
mentionnées aux XIe et XIIe siècles. Pour sa
part, Rougemont est entré dans l'histoire deux
siècles plus tôt que la famille Cottier, soit
aux environs de 1080, lorsque, partant pour la croisade, le
comte Wilaire de Gruyère a fait don à l'ordre
de Cluny du territoire inculte situé entre le
ruisseau de Flendruz et le torrent de Griesbach, qui de nos
jours délimite partiellement les cantons de Vaud et
de Berne. Un petit monastère y fut
édifié autour de l'église,
dédiée à Saint-Nicolas de Myre et dont
on admire aujourd'hui encore la beauté du style roman
rustique. Sous la direction d'un prieur, quatre à
cinq moines y pratiquaient la règle de
Saint-Benoît.
Grâce à l'histoire de ce prieuré, on
peut émettre maintenant une hypothèse sur la
cause de la confection du parchemin de 1276. En effet, le
groupe des religieux de Rougemont était
régulièrement contrôlé par les
visiteurs envoyés par les abbés de Cluny. Or,
deux de leurs rapports, rédigés en 1272 et
1275, mentionnent que la vallée a été
ravagée par des guerres, dont le couvent et les
moines paraissent avoir souffert
2. Il s'agit sans conteste
du long conflit qui opposa à cette époque
d'une part le comte Philippe de Savoie, aux
côtés duquel était rangé son
vassal, le comte Pierre II de Gruyère, et le comte
Rodolphe de Habsbourg d'autre part, qui se disputaient la
suzeraineté des territoires au sud de l'Aar. En
rapport avec ce litige, Pierre II de Gruyère
inféoda à Philippe de Savoie les
châteaux de la Tour-de-Trême, d'Oex et du Vanel.
De cette dernière seigneurie relevaient Rougemont et
tout le Gessenay. On peut dès lors admettre que, les
hostilités ayant pris fin dans cette région,
il s'avéra nécessaire en 1276 de dresser,
sinon mettre à jour la liste des tenanciers du Pays
d'Enhaut.
^
III. Origine des familles du Pays
d'Enhaut
Sur l'origine de celles-ci, on peut tenir pour certain
qu'elles sont de race burgonde et que, sous la conduite de
leurs seigneurs, les comtes de Gruyère, elles
colonisèrent ces hautes vallées. Ces derniers,
d'abord sous le nom de comtes d'Ogoz
3, furent de hauts
dignitaires du royaume de Bourgogne transjurane. Le premier
dont l'histoire fasse mention est Turimbert, en 923.
La nature des lieux le voulant, nos ancêtres
s'adonnèrent à la culture des champs dans les
fonds de vallées, à l'élevage du
bétail, à la confection des produits de
celui-ci, ainsi qu'à l'exploitation des forêts.
En outre, ils accompagnèrent les comtes de
Gruyère dans leurs campagnes militaires, qu'elles
soient régionales ou lointaines. C'est ainsi qu'ils
participèrent aux croisades, qu'ils
guerroyèrent à Laupen et Morat, ou encore en
Italie, lorsque les comtes de Gruyère se mirent au
service des rois de France.
IV. Le château Cottier
Revenant à la famille Cottier, un fait obscur
mérite d'être cité. A
Château-d'Oex existe un éperon rocheux, qui
domine la Sarine et porte le nom de Château
Cottier. Sur le sommet et les flancs occidentaux, on
trouve des restes de murs calcinés prouvant qu'il y
avait naguère à cet endroit un
véritable château-fort, occupant une surface de
près de 500 m2. Des fouilles effectuées avant
1882 par le Club du Rubly amenèrent la
découverte d'une pièce de monnaie, d'une
clé et d'une catelle ornée de la grue. On dit
que les anciens propriétaires de cette colline y
trouvèrent des pièces d'or. Ce château
ou castrum est mentionné pour la
première fois en 1255, date où Rodolphe III de
Gruyère reconnaît le tenir de Pierre II de
Savoie. En 1406-1407, les Bernois s'en emparèrent et
le détruisirent, à la suite d'un
différend relatif au traité de combourgeoisie
avec le Gessenay. Quoi qu'il en soit, on se perd en
conjectures sur le motif pour lequel il portait le nom de la
famille Cottier.
^
V. Les franchises de la famille
Cottier
L'histoire du comté de Gruyère au XlVe
siècle est jalonnée d'actes d'affranchissement
de communautés d'habitants et parfois de familles ou
d'individus. C'est dans le cadre de ce grand mouvement de
libération de charges fiscales que se situent "les
franchises de la famille Cottier", dont un parchemin,
conservé aux archives de Rougemont, relate les
circonstances dans lesquelles elles furent octroyées
4. Vu l'importance de cet
événement, nous avons jugé utile d'en
donner la traduction complète:
Nous Rodolphe, Comte et Seigneur de
Gruyère, faisons savoir à tous
présents et à venir qu'il y avait un litige
entre nous le prédit Comte d'une part et les
frères Rolet, Richard et Cuanet,
dénommés Coctiers, fils de feu Huldriot
Pitet, dou Crest en la paroisse de Rougemont, d'autre
part. Le sujet du litige était le suivant: Nous le
prédit Comte nous réclamions auxdits
frères, dans les abergements, ténements et
biens qu'ils avaient, les droits d'avoinerie, de
chaponnerie et de gueyte; à l'instar de tous nos
autres hommes. Lesdits frères s'y opposaient,
alléguant qu'ils n'étaient absolument pas
tenus par ces droits de pillucherie puisque nous
mêmes ledit Comte, après avoir fait une
enquête auprès de nos prud'hommes de la
paroisse de Rougemont, nous avions trouvé que
lesdits frères étaient
dégagés desdits usages de l'avoinerie, de
la chaponnerie et de la gueyte. C'est pourquoi nous le
prédit Comte Rodolphe, agissant pour
nous-mêmes et notre frère, le Seigneur Jean,
ainsi que pour nos héritiers, nous libérons
entièrement lesdits frères ainsi que leurs
possessions desdits usages de l'avoinerie, de la
chaponnerie et de la gueyte, par les présentes,
nous engageant par un pacte solennel à ne pas
réclamer quoi que ce soit à l'avenir. Ceci
a été accordé moyennant onze florins
de bon or que nous ledit Comte Rodolphe avons
reçus desdits frères comptés en bons
florins. Et nous ledit Comte promettons pour nous et nos
héritiers, en engageant notre bonne foi en lieu de
serment, à ne pas révoquer, en quelque
article que ce soit, la présente
libération, mais à la tenir inviolablement
pour agréée et ferme, à l'observer
à l'avenir et à ne jamais venir à
l'encontre, ni par nous ni par quelqu'autre à
l'avenir. Ont été appelés comme
témoins de ces faits Messires Rodolphe Curé
de Semsales et le Donzel Amédée de Moudon.
En témoignage de quoi, nous le prédit
Rodolphe Comte et Seigneur de Gruyère, agissant
à la requête des prédits
frères Roletus, Richardus et Cuanetus avons
jugé bon d'appendre notre sceau à ces
présentes lettres avec le sceau dudit Seigneur
Jean de Gruyère, Chevalier, notre frère.
Donné le mercredi, veille de l'Ascension, de l'an
du Seigneur 1379. Ainsi expédié par moi
Stephanus Mandergetum.
Nous, Jean de Gruyère, Chevalier Seigneur de
Montsalvens, faisons savoir à tous présents
et à venir que Messires Rodolphe, jadis Comte de
Gruyère, notre prédécesseur, avait
libéré les frères Rolet, Richard et
Cuanet, fils de feu Huldriot Pitet dou Crest en la
Paroisse de Rougemont, ainsi que tous leurs biens de tous
les usages de l'avoinerie, de la chaponnerie et de la
gueyte, étant donné qu'ils en avaient
été reconnus entièrement
dégagés après une enquête
ordonnée par ledit Comte Rodolphe, enquête
faite auprès des prud'hommes de ladite paroisse.
Toutefois, dans ladite lettre de libération on ne
trouve pas que ladite libération ait
été concédée auxdits
frères, si ce n'est pour eux et leurs biens mais
non point pour leurs héritiers, comme on peut le
constater parmi d'autres choses dans ladite lettre de
libération annexée aux
présentes.
C'est pourquoi nous, le prédit Jean de
Gruyère, Chevalier Seigneur de Montsalvens,
mû par une cordiale affection à
l'égard de ceux qui descendent en ligne directe
desdits Rolet, Richard et Cuanet Cottier, voulant
éviter que l'on puisse alléguer cet
argument en notre faveur mais contre eux et voulant les
traiter avec bienveillance, afin qu'ils aient à
l'avenir tous les motifs de nous satisfaire, agissant de
notre connaissance et spontanément pour nous et
nos héritiers et successeurs quelconques, nous
confirmons et approuvons les prédits
affranchissements et libérations desdits usages de
l'avoinerie, de la chaponnerie et de la gueyte,
exposés dans la prédite lettre
annexée aux présentes dans toute leur
teneur et ceci en faveur de toute et singulière
personne descendante en ligne directe et légitime
desdits feu Rolet, Richard et Cuanet Cottier, ainsi que
leurs biens, et ceci en faveur aussi de leurs
héritiers légitimes en ligne directe
nés et à naître et qui
s'avéreront descendre directement d'eux. Nous
adhérons ainsi au résultat de
l'enquête ordonnée jadis par Messires
Rodolphe, Comte de Gruyère, à ce sujet,
enquête qui est transcrite ci-dessus, et nous ledit
Sire de Montsalvens avons laudé l'affranchissement
de ci-dessus librement et par grâce
spéciale, mais aussi moyennant un certain grand
service qui nous a été rendu par
quelques-uns de nos hommes et sujets de la race desdits
Rolet, Richard et Cuanet Cottier. Nous promettons en
outre, pour nous et les nôtres, par notre bonne foi
tenant lieu de serment, de ne pas aller à
l'encontre de ce qui précède, ni de
consentir à ce qu'un tiers y contrevienne pour
aucune raison que ce soit, de droit ou de fait, mais au
contraire de tenir pour valides les prédits
affranchissements et libérations et tout ce qui
est écrit ci-dessus et de les observer
inviolablement comme ils sont exprimés,
renonçant à tous droits, exceptions,
allégations de droit et de fait, à toutes
coutumes de la patrie et du lieu, par lesquels on
pourrait contrevenir à ce qui
précède, renonçant enfin au droit
réprouvant la renonciation générale.
Les témoins suivants ont été
convoqués: Noble Jean d'Everdes, discret Jean
Goncet et Claude Simulchiez de ladite paroisse de
Rougemont. En témoignage de quoi, nous, ledit Sire
de Montsalvens, avons apposé notre sceau
accoutumé pour de tels actes avec le signet manuel
du notaire soussigné aux présentes lettres.
Donné le huitième jour du mois de
février, l'an du Seigneur 1495, signé
G.Maioris.
^
Pour comprendre le sens véritable de cet acte, il
convient de rappeler que, selon le droit coutumier
médiéval, les sujets des comtes de
Gruyère étaient redevables envers lui de
multiples impôts en nature ou en espèces, dont
ils tentaient de se libérer en les rachetant à
leurs maîtres, qui favorisaient d'autant plus ces
affranchissements qu'ils étaient eux-mêmes
constamment à court d'argent pour entretenir leur
cour dispendieuse.
C'est donc en 1379 que le comte Rodolphe IV de
Gruyère accorde aux frères Rolet, Richard et
Cuanet, fils d'Huldriot le Petit et dénommés
"Coctiers", habitant le Crêt, en la paroisse de
Rougemont, la libération du paiement des droits
suivants:
1. L'avoinerie et la chaponnerie; à l'origine, il
s'agit d'un droit prélevé par le seigneur en
compensation de la diminution de revenus en nature subie
lorsque, abandonnant l'exploitation personnelle de ses
terres, il a concédé des tenures à ses
hommes. Cette justification a été rapidement
oubliée, de telle sorte que le seigneur a
exercé ces droits parce que ses
prédécesseurs avaient réussi à
les faire entrer, puis à les maintenir dans la
coutume.
a) La
chaponnerie 5
est un droit, qui s'acquitte par foyer ou en raison du
domicile et selon lequel il est dû un chapon par
an;
b) L'avoinerie
6 est un droit
perçu annuellement en principe sous forme d'une
coupe d'avoine.
2. La gueyte
7 est un droit
permettant d'assurer la défense militaire du fief,
plus spécialement du château ou du bourg.
Parfois, elle est transformée en une prestation en
nature, coupe de froment, ou en espèces.
Toutefois, un litige portant sur l'interprétation de
cet acte de franchise surgit un siècle plus tard. En
1495, les descendants des bénéficiaires
s'adressèrent à Jean Ier de Gruyère
pour en obtenir la reconnaissance et le maintien à
titre héréditaire. En effet, à la
lettre, la libération de 1379 peut s'entendre que
pour les seuls frères Rolet, Richard et Cuanet
Cottier et non pour leurs descendants. Libéral, ce
seigneur leur confirma ces franchises pour ceux-ci
également, en échange de quelques
services.
^
VI. Division de la famille Cottier
à la suite de la Réforme
Le caractère volontairement sommaire de cette
étude ne permet malheureusement pas de citer tous les
actes et documents, qui attestent la présence de
membres de la famille Cottier à des
événements jalonnant l'histoire de Rougemont
ou du comté de Gruyère aux XVe et
XVIe siècles. Nous accorderons cependant
une mention spéciale au schisme causé par la
Réforme au sein de cette famille.
Le 9 novembre 1554 fut prononcée la faillite du comte
Michel de Gruyère, qui dut abandonner ses biens et
ses droits en mains de ses créanciers, au nombre
desquels intervinrent les plus importants, Fribourg et
Berne, qui se partagèrent le territoire du
comté, Fribourg prenant la Basse Gruyère et
Berne la Haute Gruyère, soit le Pays d'Enhaut actuel
et le Gessenay. Le 19 novembre 1555, le prieuré de
Rougemont est supprimé par décret de LL. EE.
et les moines s'enfuirent le 25 décembre, pour se
réfugier au prieuré de Broc.
En janvier 1556, le réformateur Pierre Viret monta le
premier à Château-d'Oex et Rougemont,
accompagné d'Hugues Turtaz, de Morat. Il fut suivi de
Farel, qui prêcha à Rougemont, dans le courant
du printemps. La conversion au protestantisme ne fut pas
facile, si l'on en juge par le fait qu'au sein des Cottier
de Rougemont une forte opposition se manifesta contre la foi
nouvelle. Refusant cette dernière, un certain nombre
de Cottier quittèrent le village et, passant les
monts, se réfugièrent à Bellegarde,
dans le bailliage fribourgeois du même nom, donnant
selon la tradition naissance à la branche catholique
des Cottier. C'est là un des rares exemples en Suisse
de familles divisées par la Réforme.
Que sont devenues ces deux branches à partir du
milieu du XVIe siècle jusqu'à nos
jours? Sur la base de la documentation que nous avons
recueillie, nous allons en donner quelques aperçus
ci-après.
^
VII. La branche catholique
Nous ne saurions aborder ce chapitre sans rendre un vibrant
hommage à l'abbé Athanas Thürler,
originaire lui aussi de Bellegarde, qui s'est
consacré depuis plusieurs années à
l'histoire de cette localité et des familles qui en
sont bourgeoises. Il a pu ainsi reconstituer la
généalogie complète des rameaux de la
branche catholique des Cottier et l'essentiel de la
biographie des personnes qui les composent.
Partant de Peter Cottier, dont la famille venait de
Rougemont, il a établi que, du mariage de ce dernier
vers 1590 avec Margaretha Reller, originaire
d'Abländschen, il était issu trois filles et
cinq garçons. De ces derniers, l'abbé A.
Thürler donne toute la descendance. Peter Cottier avait
pris domicile à Im Fang, pittoresque hameau de la
commune de Bellegarde. De sa postérité,
nombreux sont les Cottier qui demeurèrent ou
demeurent encore dans cette région, s'y livrant aux
travaux propres à l'économie alpestre, et
certains sont de riches propriétaires de
pâturages et de forêts. Ils parlent allemand,
car Bellegarde a la particularité d'être la
seule commune de la Gruyère où l'on s'exprime
dans le dialecte suisse allemand pratiqué dans le
Haut Simmental et le Saanenland.
On dénombre dans la branche catholique des Cottier
plusieurs personnalités marquantes, dont il convient
d'esquisser un bref profil.
Nous commencerons par un des fils de Peter Cottier, le pieux
Udalric qui, après avoir été au service
de la famille d'Affry, légua, par testament du 5
juillet 1661, l'argent nécessaire pour
l'édification d'une chapelle à Im Fang, afin
que le service divin puisse être
célébré dans ce hameau. Cette humble
chapelle, restaurée récemment par des membres
de la famille Cottier, dresse son petit clocheton à
la limite des jardins potagers et des prés.
Pour rester dans le domaine de la foi, beaucoup de Cottier
fribourgeois ont eu une vocation ecclésiastique:
- Johann Cottier (1876-1936), docteur en
théologie de l'Université de Bâle,
curé d'Aeschi (Soleure);
- Tobias Cottier (1886-1961), devenu en religion le
Frère prêcheur Bonaventura Cottier, du
couvent dominicain de Retz, en Basse-Autriche;
- Athanas Cottier (1902-1969), docteur en
théologie, curé à Zurich, puis
directeur de l'Oeuvre de Canisius, importante
congrégation de Soeurs missionnaires, à
Fribourg;
- Emile Cottier (1874-1935), en religion le Père
capucin Athanas;
- Rosa-Mathilde Cottier (1897-1964), en religion Soeur
Canisius, du couvent des Soeurs de la Charité,
à Besançon;
- Albert Cottier (1901-1935), rédemptoriste,
missionnaire en Bolivie, aumônier dans
l'armée bolivienne, cité trois fois
à l'ordre de celle-ci pour conduite
héroïque, au cours de la guerre du Grand
Chaco.
^

Mais la figure la plus prestigieuse de cette
lignée d'ecclésiastiques est sans conteste Mgr
Athanase Cottier (1864-1949), prélat de la Maison de
Sa Sainteté. Après de brillantes études
au Collège Saint-Michel de Fribourg, il prit le
chemin de Rome, où il fut étudiant à
l'Université grégorienne. Il devint
successivement bachelier en droit canon, docteur en
philosophie et docteur en théologie. C'est aussi
à Rome qu'il fut ordonné prêtre.
Nommé curé de La Chaux-de-Fonds, il
présida aux destinées de cette paroisse durant
54 ans. En 1925, il devint chanoine non résidant de
la Collégiale de Fribourg. Doyen du décanat de
Saint-Boniface, qui couvre le canton de Neuchâtel, il
négocia et conclut en 1942 le Concordat entre l'Etat
de Neuchâtel et l'Eglise catholique.
Sur le plan laïque, nombreux sont les Cottier
fribourgeois qui se distinguèrent.
Ne pouvant les citer tous, nous mentionnerons cependant:
- Johann, Michael et Peter Cottier, qui furent
baillis de Bellegarde, au XVIle siècle;
- Fernand Cottier, né en 1901, à
Genève; propriétaire de l'Hôtel
International et Terminus, il devint colonel
d'infanterie, conseiller national et maire de
Genève. Son fils Jacques est avocat et pratique le
barreau en cette ville;
- Raphaël Cottier (1891-1974), docteur en droit de
l'Université de Fribourg; il fut secrétaire
général des Chemins de Fer
Fédéraux, directeur du IIIe arrondissements
des CFF et fut nommé en 1950 directeur de
l'Organisation internationale des chemins de fer. Dans
l'armée, il atteignit le grade de colonel;
- Hans Cottier et Paul Cotticr, professeurs de
médecine à Berne;
- Jean-Marie, Anton et Marius Cottier, avocats à
Fribourg.
Nous devrions encore énumérer tous les Ambros,
Christoph, Christ, Albin, Dionys, Fritz, Karl, Kurt, Ewald,
Alexis, Manfred, Florian, Polykarp, Linus, Tobias, Pius,
Reynold, Basil, et autres Patrick ou Christian, qui
jalonnent les rameaux de la branche catholique, d'une
décennie à l'autre; agriculteur, cafetier,
vétérinaire, gendarme, postier, architecte,
commerçant, conducteur de train ou fonctionnaire de
l'Etat, ils ont tous oeuvré honnêtement,
fondé des familles nombreuses et sont morts, le plus
souvent très âgés, entourés de
l'affection et de l'estime de leurs concitoyens, si l'on en
croit les nombreuses nécrologies collationnées
avec tant de soin par l'abbé A. Thürlcr.
Parmi elles, nous détacherons un passage pittoresque
du Bulletin paroissial de Bellegarde relatant l'humble fin
d'Ernest Cottier, agriculteur à Vuadens et
frère de Mgr Athanase Cottier:
^
Ernest, quoique courbé par le dur
labeur, monta plus haut encore sur l'échelle de la
vie et atteignit le 83e échelon où
l'attendait l'ange de la mort. La perte de la
mémoire et la faiblesse sénile furent,
durant les derniers mois de sa vie et malgré les
soins affectueux des siens, son dur chemin de calvaire.
Lentement détaché de cette terre,
après une vie toute de fidélité
à Dieu dont les commandements étaient pour
lui, durant les beaux et les mauvais jours, la
règle de vie, muni des saints sacrements, il
termina sa vie ici-bas pour atteindre son but
éternel, le ciel.
C'était le mercredi 9 février 1944, un jour
où 1' "arrière-hiver de montagne menait son
jeu hallucinant de flocons tourbillonnants ".
Et le chroniqueur de conclure: "Chaque foyer de
Bellegarde est porteur d'une parcelle de l'histoire de sa
petite patrie. Mais les familles émigrées
portent encore plus une responsabilité
spéciale, en particulier celle de faire honneur
toujours et partout à leur lieu d'origine par
l'accomplissement fidèle des devoirs religieux et une
conduite honorable dans le commerce et les relations."
^
VIII. La branche protestante
Dès 1555, Rougemont devint le siège du
bailliage de Gessenay, englobant les quatre communes de
Gessenay, Rougemont, Château-d'Oex et
Rossinière. Ce ne fut pas sans difficulté
qu'on y installa le premier bailli, si l'on en juge par la
chronique de la paroisse de Rougemont:
Au commencement de l'an 1556: Le Sénat
de Berne estant assemblé pour eslire un Seigneur
pour Baillif qui gouvernat les dittes quatre paroisses;
il n'y eut aucun Seigneur des deux Cents qui voulut
embrasser ceste charge, à cause non seulement de
la Rusticité de ce peuple, mais d'autant qu'estant
imbuz d'idolatrie, il semblait difficile de la leur faire
quitter.
Pourtant, les liens de cette région avec LL. EE.
de Berne ne dataient pas de la disparition du comté
de Gruyère, mais du traité de combourgeoisie
conclu le 26 juin 1403, qui prévoyait notamment une
assistance mutuelle.
Sous le régime bernois, qui fut regretté dans
cette contrée lors de sa chute en 1798, les habitants
vécurent paisiblement et l'économie alpestre y
devint prospère, comme l'attestent d'ailleurs la
beauté et la qualité des chalets, qui y furent
édifiés aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Les magnifiques inscriptions qu'on lit sur leurs
façades ouvragées montrent que plusieurs
familles Cottier participèrent à cette
prospérité.8
C'est le cas du banderet Jean-Rodolphe Cottier, qui
bâtit sa demeure en 1701, devenue l'ancienne
école de Rougemont.
" A la Rouchettaz ", territoire de Rougemont, Pierre
Cottier fait bâtir en 1728 un chalet " Le
précédent ayant été
brûlé malicieusement par Jean-Jacques Cottier
Cottonnet le 26 octobre l'an 1727 ".
Jean-Jacob Cottier construit " Aux Allamans ", en
1734.
Honnête Pierre Cottier en fait de même dans le
même quartier, en 1767.
Moïse Cottier bâtit sa demeure à Flendruz
en 1662, Guillaume Cottier, en Crêt, en 1667,
Honorable Jehan Cottier, au Pont de Pierre, en 1682.
Pour terminer cette liste, d'ailleurs incomplète,
nous citerons en entier l'inscription figurant sur la
façade roussie d'un chalet, " Aux Combes ", construit
en 1784:
PAR LE SECOUR DIVIN LE SIEUR ABRAM COTTIER
ET MADELEINE DU PERR'E SA FEMME ONT FAIT BATIR CETTE
MAISON PAR MAITRE LOUYS PILET ET SES CONSORTS LAN 1784
QUE LA FRAGILITE DE NOS EDIFICES NOUS EN FACES CHERCHER
DES PLUS SOLIDE' AFIN QUAPRES AVOIR SÉJOURNES ICI
BAS C0MME ETRANTGER DES CIEUX NOUS EN SOYONS FAIT
BOURGEOIS POUR VIVRE ETERNELLEMENT AVEC TOI AMEN.
^
A cette époque, on trouve des Cottier qui
occupent les charges ministérielles du bailliage:
juges, banderets, curiaux, métraux, châtelains,
etc.
Parlons aussi de Pierre Cottier, appelé le
Bienfaiteur, à Saanen. La chronique de la paroisse de
Rougemont mentionne à son propos: " Nous devons
revenir en cette année 1725 pour relater l'anecdote
suivante de Pierre Cottier de Rougemont qui aurait
légué ses biens à la paroisse de
Gessenay parce que Rougemont lui refusait un banc à
l'Eglise. Etabli dans cette commune de Gessenay où il
exerçait la profession de vétérinaire,
sans descendants directs Cottier, par testament du 8 janvier
1725, légua aux écoles de la paroisse qui
comprenait alors Gessenay, Lauenen, le Châtelet et
Ablenschen ses pâturages de Martigny et de Plantierin
situés dans la commune de Rougemont. Esther
Cottier-Bovay sa femme légua 1600 couronnes pour le
même but. Sur quoi Gessenay exprima sa reconnaissance
le 15 novembre 1746 en octroyant un banc à l'Eglise
pour les deux époux.
" Par codicille du 7 novembre 1747 les montagnes des Ouges
et des Comballes sur territoire de Rougemont furent
léguées aux pauvres de la paroisse de
Gessenay.
" Le 28 novembre suivant mourait Pierre Cottier et le 5
novembre 1750 sa veuve légua tout ce qui lui restait
aux pauvres de ladite paroisse. Après sa mort
survenue le 6 mai 1760 les parents des époux Cottier
attaquaient leurs dernières volontés. On
aboutit à une transaction par laquelle la paroisse de
Gessenay renonçait au pâturage des Planards et
versait 200 couronnes mais gardait tous les autres
biens..."
Aujourd'hui, les revenus de la fondation Cottier sont
toujours affectés aux écoles. Gessenay en
touche les 7/9, Lauenen et Ablenschen les 1/9 chacune."
^
A cette anecdote pittoresque nous en ajouterons une
autre, qui peut-être concerne un Cottier originaire de
Rougemont ou de Bellegarde. Dans son ouvrage " Le Rhin ",
Victor Hugo écrit une lettre portant le chiffre 39 et
consacrée à la description de Lausanne, Vevey
et Chillon. Décrivant précisément le
fameux château de la maison de Savoie, il écrit
ce passage, aussi curieux que peu vraisemblable: " Le
premier des cinq compartiments ne m'a pas moins
intéressé que le cinquième. Dans le
cachot de Bonnivard il y eut l'intelligence, dans celui-ci
il y eut le dévouement. Un jeune homme de
Genève, nommé Michel Cotié, avait pour
le prieur de Saint-Victor un attachement mêlé
d'admiration. Quand il sut Bonnivard à Chillon, il
voulut le sauver. Il connaissait le château de Chillon
pour y avoir servi; il s'y introduisit de nouveau et s'y fit
donner je ne sais quelle besogne domestique. Quelque
imprudence le trahit: il fut pris essayant de communiquer
avec Bonnivard. On le traita en espion et on le mit dans un
cachot (le premier à droite en entrant). On l'aurait
bien pendu, mais le duc de Savoie voulait des aveux qui
compromissent Bonnivard. Cotié résista
vaillamment à la torture. Une nuit il tenta de
s'échapper: il scia sa chaîne et perça
le mur avec un clou, il grimpa jusqu'à un des
soupiraux et arracha une barre de fer. Là il se crut
sauvé. La nuit était très noire; il se
jeta dans le lac; il n'avait séjourné au
château que l'été, et il avait
remarqué que l'eau du lac montait à quelques
pieds au-dessous des soupiraux; mais c'était l'hiver.
En hiver, il n'y a plus de fontes de neige, l'eau du lac
baisse et laisse à découvert les rochers, dans
lesquels est enraciné Chillon; il ne les vit pas et
s'y brisa... "
Revenant au Pays d'Enhaut, nous constatons que, sous le
régime bernois, la prospérité, dont
nous parlions plus haut, entraîna une augmentation
sensible de la population, mais cependant tous les habitants
ne purent y trouver leur gagne-pain et nombre d'entre eux
émigrèrent et s'installèrent dans des
localités du pied du Jura, pour s'adonner à
l'élevage du bétail et la fabrication du
fromage, d'où le fait que dans cette région ce
dernier est aujourd'hui encore qualifié de fromage de
Gruyère. D'autres habitants s'enrôlèrent
dans le service mercenaire ou cherchèrent meilleure
fortune en Amérique. Les Cottier
n'échappèrent pas à ce mouvement et
d'aucuns s'installèrent, aux XVIIe et XVIIIe
siècles, à Aubonne, Apples, Daillens,
Môtiers et autres lieux, dont ils acquirent la
bourgeoisie, tout en conservant celle de Rougemont.
^
a) Apples - Pas de renseignement sur cette
branche de la famille, sinon qu'elle a acquis la bourgeoisie
d'Apples en 1792, où un Cottier aurait
été syndic. Néanmoins, mention doit
être faite de Victor Cottier, député au
Grand Conseil de 1914 à 1918 et conseiller communal
à Lausanne, de 1912 à 1918. Son fils
Albert-Victor fut également conseiller communal,
à Lausanne, de 1942 à 1970, et
président de ce Conseil en 1959. De 1946 à
1971, il fut directeur et
administrateur-délégué des Imprimeries
Populaires de Lausanne et Genève.
b) Aubonne - Les Cotticr d'Aubonne
prétendent descendre d' " honnête jean-Daniel
Cottier ", de Rougemont, qui sollicita et obtint la
bourgeoisie de cette ville le 23 juin 1787, pour le prix de
1147 florins six sols " outre le vin ordinaire ".
De son union avec Louise Monnay, il eut, entre autres
enfants, Auguste Cottier, qui fit carrière à
Paris, où il compte encore une
postérité de nationalité
française. Un de ses fils, Charles, mourut
glorieusement au cours de la première Guerre
mondiale. Une fille, Yvonne, épousa le Dr Frossard,
médecin attaché à la Présidence
de la République.
Charles Cottier, un autre descendant de Jean-Daniel Cottier,
séjourna à Saint-Pétersbourg, puis
s'établit à Monte-Carlo, où il exploita
l'Hôtel National. En secondes noces, sa fille Julia
épousa Jules Geny, qui fut longtemps le conseiller
financier du prince de Monaco. Ce couple eut une fille,
Germaine, qui épousa le général Georges
Granier, qui se distingua dans la défense de Nice, au
cours de la deuxième Guerre mondiale; après
celle-ci, il quitta l'uniforme et devint
administrateur-délégué du Casino et des
Eaux d'Evian. Il ne semble cependant pas que ce rameau soit
seul originaire d'Aubonne. On trouve en effet dans le canton
de Vaud d'autres familles, qui se réclament
également de la bourgeoisie de cette ville. M.
François-Daniel Cottier, fils d'Henri,
médecin-dentiste à Vevey, est lui-même
né à Aubonne. M. André Cottier-Godel,
fils de Paul, concierge du collège de Montgoulin
à Prilly, est aussi natif d'Aubonne; M. Paul-Henri
Cottier-Gerber, directeur à Lausanne,
également.
c) Daillens - La famille Cottier est
mentionnée pour la première fois en 1751 dans
le registre de cette commune. En effet, Jacob Cottier, fils
de Jehan-Lois, né à Thierrens le 16 mars 1684,
s'établit à Daillens comme " fruitier de M. de
Saussure et admodieur de M. de Bournens ". Son petit-fils,
Paul-Georges-Louis, s'en alla habiter Missy et il. est ainsi
à l'origine de l'importante souche qui existe encore
en cette localité.
Des Cottier de Daillens descendent Henry Cottier, docteur
ès-sciences économiques, qui fut conseiller
national et joua un très grand rôle dans le
monde économique romand. Son fils, Jean-Pierre,
docteur en droit et avocat, est actuellement
président du Tribunal du district de Lausanne.
d) Môtiers - Dans le canton de
Neuchâtel, on trouve un rameau des Cottier, originaire
de Rougemont. Né à Cortaillod en 1840, Fritz
Cottier alla s'établir vers 1870 à
Môtiers, dans le Val-de-Travers. Il en obtint la
bourgeoisie quelque temps plus tard.
Ce sont ses descendants qui sont copropriétaires des
champagnes Mauler.
A cette branche appartient André Cottier,
ingénieur agronome, diplômé de
l'Université de Rennes, qui fonda à Grasse une
entreprise de parfumerie, dont son fils assume la succession
ainsi que le développement aux Etats-Unis.
C'est aussi à cette famille qu'est rattaché
Jean Cottier, de nationalité française,
inspecteur des Finances et directeur de la Banque des
Règlements Internationaux pour le tiers monde,
résidant à Neuilly.
Son père était Pierre Cottier, fils
lui-même de Fritz.
Roger Cottier, ingénieur à Lausanne, est aussi
originaire de Môtiers. Il est le fils de Maurice
Cottier, qui fut directeur de la Compagnie de chemins de fer
Aigle-Sépey-Diablerets. Ce dernier était aussi
un des quatre fils de Fritz Cottier.
^
e) Autres bourgeoisies - Il y a enfin des
branches éparses des Cottier de Rougemont, dont il
importe de faire mention, si l'on veut être le plus
complet possible dans l'état actuel de la
documentation recueillie.
Dans cet ordre d'idée, mentionnons les Cottier, qui
ont exploité durant une centaine d'années
l'hôtel du "Lion d'Or" (Löwen) à
Münsingen (canton de Berne) et qui, en plus de la
bourgeoisie de Rougemont, ont acquis celle de Thoune. Ce
rameau a pour dernière descendante Mrne Marguerite
Roth-Cottier, à Wangen s/Aar.
M. Jean-Pierre Cottier, négociant à
Genève, nous a annoncé que sa famille
était bourgeoise de Rougemont et Genève.
M. Georges-Alfred Cottier, banquier à Genève,
est pour sa part bourgeois de Rougemont, Apples et
Genève.
Quant à M. André-Henri Cottier, employé
de banque, à Genève, il a pour communes
d'origine Rougemont, Aubonne et Vernier.
Parmi les Cottier, bourgeois de Rougemont, qui se sont
expatriés, il faut citer David Cottier, né le
15 mars 1774, qui devint préposé aux douanes,
à Versoix. Un de ses fils, Charles, émigra aux
USA, où il fonda à New York une maison de
joaillerie sous la raison sociale: " Charles Cottier and
Son, Importer of Precious Stones, 171 Broadway". Un autre
fils, Joseph-Marie (1807-1884), devint voiturier, exploitant
la ligne Genève-Dijon. Il était de
nationalité française. Son fils, Emmanuel
(1858-1930), fut maître-horloger à Carouge. Il
inventa plusieurs modèles d'horlogerie et son
atelier, rue Saint-Victor, était un rendez-vous
d'artistes. Il acquit la bourgeoisie de Céligny,
où il avait vécu enfant. Il eut un fils,
Louis-Vincent (1894-1966), qui fut également
maître-horloger. Son atelier est du reste
exposé au Musée de l'horlogerie à
Genève. Il est connu comme peintre et dessinateur de
talent; il fut aussi historien de la ville de Carouge,
où il passa toute sa vie. Parmi sa nombreuse
descendance, il faut citer le Père dominicain Georges
Cottier, né en 1922, professeur à
l'Université de Fribourg et représentant
l'Église catholique à la
Télévision romande. Son frère,
Jean-Pierre Cottier, né en 1927, est
architecte-urbaniste à l'Etat de Genève.
Le Livre d'Or des familles vaudoises mentionne encore qu'une
famille Cottier serait devenue bourgeoise de Gland en 1882,
après avoir résidé au préalable
à Veigy (Haute-Savoie). Il indique aussi que des
rameaux Cottier ont acquis la bourgeoisie de Commugny
à une date indéterminée, et celle de
Tannay en 1800
9.
L'émigration de certains Cottier sous d'autres cieux
les amena à changer de nationalité. Comme nous
l'avons déjà mentionné, d'aucuns
acquirent la nationalité française, d'autres
sont citoyens américains, témoin Hamilton
Cottier, à Princeton, New Jersey (USA), dont le nom
figure en bonne place dans le catalogue bien connu des
personnalités marquantes des Etats-Unis
10.
f) Rougemont- Notre exposé serait
incomplet si nous ne traitions pas le chapitre des Cottier,
appartenant à la branche protestante et restés
bourgeois de la seule commune de Rougemont, qu'ils soient
restés sur la terre des ancêtres ou qu'ils
l'aient quittée pour s'établir ailleurs.
^
A cette dernière catégorie se rattachent des
familles qui habitent aujourd'hui Aigle, L'Auberson,
Cheseaux, Cugy, Leysin, Montreux, Morges, Payerne, Pully,
Territet, Villars-Tiercelin, Yverdon et Yvorne; hors du
canton nous en trouvons à Genève,
Saint-Maurice et Monthey.
Malheureusement, nous ne disposons que de très peu de
renseignements sur ces familles. Nous mentionnerons
cependant Charles Cottier-Boys (1798-1871), qui fut
directeur de la Banque Cantonale Vaudoise et philanthrope
11.
A Giez, on trouve mention d'un Nicolas Cottier (1684-1751),
fils de François, qui est à l'origine d'une
famille Cottier, qui vécut à Bonvillars, puis
à Orbe, où l'on trouve François-Adam
(1801-1870), notaire, Auguste (1823-1896), notaire et major,
commandant successivement les 50e et 111e bataillons de
réserve fédérale, Charles (1852-1917),
vétérinaire, major de troupes sanitaires, qui
devint en 1888 vétérinaire de la
Ire division. Il fut le promoteur de la race
bovine rouge et blanche12.
De ce dernier descend Emile, directeur de l'Hôpital
cantonal et universitaire, au militaire lieutenant-colonel
d'infanterie.
Enfin, nous réserverons une place spéciale aux
familles, restées inébranlablement
enracinées à Rougemont, où elles
perpétuent le nom de Cottier au lieu même
d'origine. Pour elles, ce jubilé a une
résonance encore plus profonde puisque, de
siècle en siècle, leurs ancêtres n'ont
cessé de cultiver leurs champs, d'élever leur
bétail et d'exploiter leurs forêts, sur le
vaste et magnifique territoire communal.
IX. Les armoiries
Les armes des Cottier sont diverses, mais, qu'il s'agisse de
la branche catholique ou de la branche protestante, la
plupart portent un bélier passant ou issant.
D'ailleurs, à Bellegarde, les Cottier sont souvent
surnommés "Widder" (bélier en allemand).
Si l'on se réfère à l'armorial vaudois
de Galbreath13,
les armes des Cottier sont décrites: "de gueules au
bélier passant d'argent sur un mont à trois
coupeaux de sinople, accompagné en chef de trois
étoiles d'or; cimier: un bélier issant". On
trouve ces armes sur une plaque de zinc, gravée
à l'eau-forte et au burin, probablement une plaque de
banc d'église de 1670 environ, provenant de la
succession Dulon, de Vevey. Une channe, exposée au
Musée du Pays d'Enhaut, et portant le nom de
Rodolphe-David Cottier, porte les mêmes armoiries.
L'armorial Favrod-Conne de 1785 donne de celles-ci les
mêmes représentations, mais avec une seule
étoile en chef et à dextre. Un cachet aux
initiales FDC, du XVIIIe siècle, donne un écu
au bélier issant (coll. C. Morton).
Sur un chalet en 1732, à " l'Oudon", dans les armes
d'Esther Cottier, femme de Jean Henchoz, le bélier a
l'aspect d'un ourson rampant sur trois monts. I1 y a un
chef, mais les étoiles ne sont pas visibles.
Certaines branches des Cottier ont un bélier issant
couronné avec une seule étoile en chef
à sinistre.
Un Cottier, greffier de la justice de paix à
Rougemont, avait en 1842 un cachet aux initiales P.C., mais
avec des armes portant un croissant soutenu de trois monts
et surmonté d'une étoile.
Singulières sont aussi les armoiries décrites
sur un document datant de 1875 et appartenant à M.
Michel Cottier, de Genève: " Il existe deux blasons
établissant deux étymologies
différentes du nom Cottier, savoir:
1. - L'un, relevé en 1794 à Rolle,
mentionne "Armes Cottier" Porte champ d'azur, à un
homme dit pillotte Cottier = habillée d'or, dans
un batteau de gueules, soit rouge coupé d'une mer
d'Argent, entre des Rochers d'Or. L'azur
représente le Ciel, la joie, amour et
beauté; l'homme signifie le nom Cottier, qui
connaît les endroits dangereux des rochers qui sont
dans la mer.
2. - Un tableau obtenu à Milan, en 1855. Il
représente au milieu de l'Ecu, une cotte d'armes
ou casaque que mettaient les hommes d'armes sur la
Cuirasse. On a donné le nom de Cottier à
l'inventeur ou plutôt à une famille
d'artisans exclusivement employée à
fabriquer cet objet."
Quant à Pierre Cottier, dit le Bienfaiteur, devenu
bourgeois d'honneur de Saanen en 1746, ses armoiries
portaient une croix blanche sur une pointe blanche, le tout
sur fond rouge. Ces armes sont celles d'une famille Cottier
ou Gottier, bourgeoise de Berne
14.
Dans une collection privée à Gstaad se
trouve un vitrail de mariage de David Cottier et de Suzanna
Roschi, 1813. Les armes de l'époux portent une
colombe posée sur un rameau, avec un rameau
d'oliviers dans le bec
15.
^
X. Le nom de la famille Cottier
Au Moyen Age, l'identification des individus était
sommaire, en ce sens qu'il leur était attribué
ce que nous appelons un prénom, auquel était
ajouté un surnom, le rattachant à un parent,
ou à un lieu, ou un sobriquet relatif à une
origine, à une profession ou fonction. A la longue,
le surnom ou le sobriquet a subsisté pour la
commodité de la transmission des biens ou droits
patrimoniaux. L'acte de franchise des Cottier
démontre la réalité de ce principe
d'identification, car les frères Rolet, Richard et
Cuanet sont dénommés ou surnommés "
Coctiers ".
Plus tard, les notaires, dont le rôle principal
consiste à rédiger les actes de transmissions
de biens immobiliers, et les pasteurs, qui tenaient les
registres d'état civil, avaient de l'orthographe des
noms de famille des notions fort fantaisistes. C'est la
raison pour laquelle, en ce qui concerne la famille Cottier,
on trouve les dénominations suivantes : Cotti,
Cot'hiez, Cothiez, Cottj, Cottiés, Cotié ou
encore Cotier.
XI. Conclusion
Grâce à l'ancienneté de leurs annales,
les Cottier donnent l'image, ce qui est chose rare, du
développement social dès le Moyen Age d'une
famille autochtone. Issue en effet des colons d'origine
burgonde qui, sous les comtes de Gruyère,
défrichèrent le Pays d'Enhaut en des temps
immémoriaux, cette famille émerge sur le plan
de l'histoire en 1276. Jusqu'à la fin de la dynastie
de Gruyère, ses membres restèrent
intégrés dans le cadre d'une économie
alpestre, réserve faite des périodes
troublées où ils combattirent sous la
bannière du comté. Dès l'époque
bernoise, la plupart des Cottier continuèrent
d'exploiter leurs domaines de montagne et de remplir des
fonctions au sein de l'administration du bailliage de
Rougemont, mais certains durent par nécessité
quitter le Haut Pays, pour exercer la même profession
en plaine, sinon se vouer à l'artisanat. Dès
lors, on rencontre des Cottier dans toutes les couches de la
population et, à quelque degré que ce soit,
ils servent et honorent leur patrie, tout en restant
profondément attachés à leur antique
commune d'origine: Rougemont.
En cette année jubilaire, c'est par centaines que les
membres de la famille Cottier, protestants ou catholiques,
se réuniront à Rougemont, le 5 septembre 1976,
pour connaître leur passé et honorer la
mémoire de leurs ancêtres. Dans les temps
troublés que nous vivons, où toutes les
valeurs traditionnelles sont remises en cause, une telle
commémoration témoigne du patriotisme, dans le
sens originel du terme, d'une communauté familiale
qui, parmi des milliers de semblables, est une composante de
notre nation.
Jean-Pierre COTTIER,
docteur en droit et avocat.
L'auteur exprime sa très
vive reconnaissance à toutes les personnes qui
lui ont procuré documents et renseignements
utiles pour la rédaction de cette plaquette, en
particulier M.F. Cuennet, archiviste de l'Etat de
Fribourg, M.O. Dessemontet, archiviste de l'Etat de
Vaud, l'abbé Athanase Thürler, à
Fribourg et M. le pasteur Alain Cheseaux à
Rougemont.
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