Henri Laborit est né à Hanoi le 21
novembre 1914, sous le signe du Scorpion, ce dont il
était assez satisfait, comme dêtre
issu dune mère née de Saunière
et dun père officier médecin des
troupes coloniales. Laborit ne reniera toutefois jamais
ses origines vendéennes et se présentera
volontiers comme descendant des Atlantes!
À lâge de cinq ans, avec sa
mère, il accompagnera en pirogue sur le Maroni la
dépouille de son père, mort en Guyane
dun tétanos contracté en service.
À douze ans, lui-même fut atteint de la
tuberculose. Les séquelles pleurales quil en
conserva ne lempêchèrent pas de
préparer, et de réussir, dabord son
baccalauréat à Paris (lycée Carnot),
puis son certificat de sciences physiques, chimiques et
naturelles (faculté des sciences), enfin, à
vingt ans, le concours dentrée à
lÉcole principale de santé de la
Marine, à Bordeaux, où, grâce
à un médecin compréhensif, il put
être incorporé. Lhistoire a
oublié le nom de ce praticien qui influença
de façon décisive le destin de Laborit.
Car, en dépit ou à cause de sa
rébellion contre linstitution
médicale, cest à elle quil dut
de pouvoir cultiver ses dons. De 1937 à 1939, il
est en effet interne des hôpitaux de Bordeaux, et,
à trente-quatre ans, il devient chirurgien des
hôpitaux des armées, pour finir, de
façon imprévisible mais
méritée, maître de recherche du
Service de santé des armées, avec le grade
de médecin en chef de 1re classe. En 1939, il est
médecin à bord du torpilleur Sirocco,
lequel est coulé, le 31 mai 1940, lors de
lévacuation de Dunkerque. Il a la vie sauve,
mais son séjour prolongé dans les eaux de
la mer du Nord lui fait vivre les effets dune
réfrigération sans préparation,
auxquels il songera sans doute en 1950, lorsquil
mènera à bien ses recherches sur
lhibernation artificielle, obtenue par
une atténuation des réactions au froid. En
1944, il est sur lÉmile-Bertin pour le
débarquement dAnzio (janvier) et pour celui
de Provence (août), comme chirurgien de la 6e
division de croiseurs.
Après la guerre, il opère dans les
hôpitaux maritimes de Lorient, puis de Bizerte
(Sidi Abdallah), où il entraîne son
épouse et ses cinq enfants. Mme Laborit deviendra
chef de travaux de la faculté de Créteil et
praticien dans le service de réanimation de Pierre
Huguenard à lhôpital Henri-Mondor.
Cest à Bizerte que, vers 1946,
désolé dassister à des
maladies opératoires
tourmentées, notamment faute
danesthésies adéquates, il commence
ses réflexions et ses recherches sur ce qui
deviendra la maladie postagressive, ses manifestations
neurovégétatives et les moyens de les
apaiser.
De cette époque datent ses premières
publications connues, en particulier
LAnesthésie facilitée par les
synergies médicamenteuses, par lesquelles ce
chirurgien va révolutionner
lanesthésiologie, puis la psychiatrie, puis
une grande partie de la médecine, voire la
sociologie. En effet, la chance a voulu que ce
médecin militaire atypique soit muté en
1949 au laboratoire de physiologie du Val-de-Grâce,
dirigé par le médecin général
Jaulmes, homme cultivé, compétent,
tolérant, amical. Ainsi pourra commencer la
troisième vie de Laborit: après les
études et la guerre, voici le temps du chercheur
qui devient biologiste, philosophe et
écrivain.
Cette troisième vie souvrira sur la
découverte, en 1951, de la chlorpromazine
(Largactil), premier neuroleptique au monde,
synthétisée par les laboratoires Specia.
Elle fut illustrée par lattribution du prix
américain Albert-Lasker, prélude au prix
Nobel, quil nobtint jamais (à sa forte
déception) à cause de
lhostilité du microcosme médical
civil français, et plus précisément
parisien.
International Notable du Congrès américain,
président de lInstitut de psychosomatique
à luniversité de Turin depuis 1983,
professeur titulaire de la Jolla University de San Diego
(États-Unis) et du Campus européen à
Lugano (Suisse), il fit de nombreuses conférences,
sur invitation, en Amérique, en Europe, en Afrique
et en Extrême-Orient. Cette activité
internationale ne lempêchera pas de
créer et de diriger à partir de 1958, dans
le cadre de lhôpital Boucicaut à
Paris, le laboratoire deutonologie,
géré par une association sans but lucratif
(loi 1901); ce laboratoire fonctionne sans aide de
lÉtat, grâce aux droits dauteur
des brevets pris par lassociation.
En 1973 Henri Laborit participe à la
création d'un "Certificat de spécialisation
en écologie humaine" à l'Université
de Genève, conjointement avec l'Université
de Paris V et l'Université de Toulouse III
(complément par JMC).
Henri Laborit a publié un grand nombre
darticles et douvrages divers, ce qui rend
difficile de dresser une liste exhaustive de ses
publications. Il faut néanmoins citer La Vie
antérieure (Grasset, 1989), ouvrage
autobiographique relatant sa carrière
scientifique, et la somptueuse Légende des
comportements (Flammarion, 1994), volumineux livre
dart et de science qui apparaît
désormais comme son luxueux testament.
La plupart de ses livres sont des essais de philosophie
scientifique ou des tentatives pour expliquer les
connaissances biologiques dans le champ des sciences
humaines. Le premier, Biologie et structure, aborde
laspect biologique de la sociologie et du
comportement. Le succès de ce livre paru en mars
1968, peu avant les événements de Mai donc,
a attiré sur son auteur
lintérêt des étudiants du
département durbanisme de la faculté
expérimentale de Vincennes, qui lui ont
demandé de créer une unité de valeur
biologie et urbanisme. Depuis le début
de 1969 et jusquen 1974, il a donc, avec son
collaborateur Bernard Weber, assuré cet
enseignement. Le livre LHomme et la ville
résume son approche biocomportementale des
problèmes urbains. La Nouvelle Grille (1974) fait
le point de son apport en sociologie, économie et
politique à partir des grandes lois de la biologie
générale et de la biologie des
comportements quil avait abordées
précédemment dans La Société
informationnelle (1973) et Les Comportements (1973).
De 1978 à 1983, il assure un enseignement de
bio-psycho-sociologie, comme professeur invité,
à luniversité du Québec,
à Montréal, qui prolonge la ligne de
pensée quil inaugurait en 1970 avec
LHomme imaginant, et poursuivait dans
LÉloge de la fuite (1976) et
LInhibition de laction (1979). La Colombe
assassinée vulgarisait en 1983 ses thèses
sur la violence. Mais avec Dieu ne joue pas aux
dés (1987), il devait revenir à
létude des systèmes vivants qui lui
avait déjà inspiré, en 1963, Du
soleil à lhomme, pour achever ce parcours
encyclopédique avec son Esprit du grenier
(1992).
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