Gazette : Monsieur le Député, êtes-vous satisfait du programme fédéral d'investissements, tel qu'il a été voté par le Parlement dans la session spéciale de fin avri1 ?
Bruno Frick : Dans le programme d'investissements de 561 millions de francs, 64 millions sont réservés au secteur énergétique. Pour la première fois, l'Etat soutient donc aussi les projets exemplaires de particuliers, et ce, dès un volume d'investissement de 50.000 francs. Il reste encore à fixer de quel montant sera le bonus dans les différents cas. En résumé, il ne sera donc pas seulement investi dans le béton, mais aussi dans les technologies et les énergies renouvelables. Tant sur le plan de l'emploi que pour des raisons écologiques, Je pense qu'il est important que le programme décidé soit rapidement mis en oeuvre.
Gazette : Vous faites partie d'un groupe de députés pour l'énergie solaire. Qui appartient à ce groupe ? Comment est-il constitué ? Quels objectifs poursuivez-vous ?
Bruno Frick : Le groupe parlementaire pour l'énergie solaire est composé d'environ 20 députés de divers partis, dont le but commun est de promouvoir l'énergie solaire au Parlement ainsi que dans les fractions. Le succès remporté jusqu'alors est appréciable.
Gazette : Le groupe Energie solaire demande que les règles du marché s'appIiquent à la politique énergétique. Quelles sont exactement vos exigences ?
Bruno Frick : Nous voulons que les énergies renouvelables soient placées au même niveau que les autres sources d'énergie. En d'autres termes, nous demandons un régime d'égalité entre toutes les énergies. A l'heure actuelle, les énergies fossiles sont favorisées par rapport aux énergies renouvelables, d'une part parce qu'elles ne couvrent pas les coûts externes, d'autre part parce que leur exploitation est exagérée. Ce sont les générations futures qui devront en supporter les conséquences. L'une de nos propositions est d'opérer un redressement par le prix, par exemple par des taxes d'incitation. L'Etat doit être tenu de reverser toutes les taxes d'incitation encaissées. L'autre solution est un impôt écologique, c'est-à-dire une augmentation des taxes sur l' énergie. Mais les recettes doivent être compensées par des allégements fiscaux dans d' autres domaines, de sorte à avoir un résultat neutre pour l'Etat.
Gazette : Dans le paysage politique, ne formez-vous pas une exception avec une telle exigence ?
Bruno Frick : Non, loin de là. Au cours des dernières années, les gens sont devenus beaucoup plus conscients qu'il est nécessaire de faire un usage rationnel et économe de l'énergie et de s'orienter vers les énergies renouvelables. C'est la raison pour laquelle je suis convaincu que le peuple approuvera l' Initiative Energie et Environnement et l' Initiative Solaire en dépit de l'opinion du Conseil fédéral qui, sans faire de contre-proposition, conseille de les rejeter. Selon moi, la plupart des citoyennes et citoyens suisses souhaitent une réorientation de la politique énergétique !
Gazette : pourquoi êtes-vous partisan des taxes d'incitation ?
Bruno Frick : Les taxes d'incitation constituent un système libéral, car personne ne doit être contrôlé. Il n'y a même pas besoin de réglementations sur les rénovations. C 'est le porte-monnaie qui dirige. Ainsi, on procédera immédiatement aux rénovations les plus intéressantes au plan financier, C'est-à-dire celles qui entraînent les plus grosses économies d' énergie. Mais je répète : la taxe doit être reversée intégralement. I1 faut en outre que ceci soit harmonisé avec l'Europe, en particulier par égard pour notre industrie. Mais malgré tout, la Suisse doit prendre l'initiative dans ce domaine, comme elle l'a fait pour le catalyseur. Il n'est pas nécessaire de prendre une avance de plusieurs kilomètres, quelques centaines de mètres suffisent.
Gazette : Les 245 autres députés à Berne partagent-ils votre point de vue ?
Bruno Frick : Un tiers ou même peut- être la moitié pensent comme moi. Là où les avis divergent, c'est sur la rapidité à laquelle les changements doivent avoir lieu. On est largement d' accord sur le fait que les impôts sur l'énergie doivent être augmentés et que, par contre, ceux sur le travail doivent être réduits. Ceci permet de diminuer les charges salariales annexes et contribue à ce que 1'énergie soit utilisée de manière plus rationnelle et plus économe.
Gazette : Le groupe Energie solaire demande également une augmentation du rendement énergétique. Que voulez-vous exactement ?
Bruno Frick : Actuellement, le rendement énergétique est loin d'être optimal ; nous n'exploitons que 25 à 30% du potentiel. Prenons l' exemple de la voiture : 10% seulement de l'énergie contenue dans le carburant est transformée en énergie cinétique, tout le reste devient de la chaleur qui est rejetée dans l'environnement sans être utilisée. Au vu de la diminution constante des ressources naturelles, ceci est insensé. Aujourd'hui, cela coûte moins cher de gaspiller l'énergie que de l'utiliser efficacement.
Gazette : Dans quelle mesure la branche des installateurs joue-t-elle un rôle au niveau des énergies renouvelables ?
Bruno Frick : L'attitude de l'artisanat en général, et plus précisément celle des installateurs, joue un rô1e décisif dans ce domaine. Je suis extrêmement heureux de voir que les associations artisanales comme l'ASMFA, l'USIE ou Clima Suisse se tournent résolument vers les énergies renouvelables. C'est pour nous la meilleure publicité qui soit. Les énergies renouvelables ne pourront s'imposer que si les artisans, les architectes, les concepteurs et les installateurs y sont totalement favorables. Mais, en constituant un énorme volume d'investissements, elles représentent aussi une chance pour ces professions.
Gazette : Comment voyez-vous 1'avenir a pour les systèmes combinant les énergies conventionnelles et renouvelables ?
Bruno Frick : Pour optimiser l'approvisionnement en énergie et en tirer le meilleur profit, il faut combiner les différents systèmes de la meilleure manière possible, Je m'occupe actuellement de la rénovation d'une maison d'habitation dont le chauffage se fait au bois ainsi que par une pompe à chaleur qui tire de l'énergie de l'eau de source. L'eau sanitaire est chauffée par l'énergie solaire. Pour les périodes de pointe, on a recours à l' électricité. Ainsi donc, les énergies renouvelables peuvent parfaitement se combiner avec les énergies fossiles ou l'électricité pour former un système idéal. .Ce qui est important, c'est de veiller à augmenter la part des énergies renouvelables. Dans le domaine du chauffage des habitations, on ne devrait pas tarder à pouvoir couvrir l' intégralité des besoins par les énergies renouvelables.
Gazette : Vous êtes également Président de Swissolar. Quelles sont les principales activités de cette organisation ?
Bruno Frick : Swissolar regroupe toutes les associations professionnelles touchant à l' énergie solaire. C'est un genre de fédération faîtière. Parmi ses activités figurent la coordination des tâches, la représentation des intérêts face à la politique et aux administrations, l'information du public ainsi que diverses activités relatives à l' exécution du programme de subventions.
Gazette : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l' énergie solaire et à assumer la présidence de Swissolar ?
Bruno Frick : Je me sens responsable vis-à-vis de mes enfants et de mes petits-enfants. Les hommes politiques ont souvent des objectifs trop proches dans le temps, ils ne voient guère au-delà des prochaines élections. Si nous continuons comme nous sommes partis, le pétrole sera épuisé dans 50 ans, au plus tard dans 70 ans. Je ne sais pas ce que feront les générations futures sans cette ressource précieuse. C'est pourquoi il faut l'économiser et la remplacer par des énergies renouvelables partout où cela est possible au plan technique et économique. Etant conscient que la terre a mis des centaines de millions d'années à fabriquer les actuelles réserves de pétrole et que nous allons les épuiser en quelques décennies, je me sens obligé de contribuer à lutter chose contre cet état de choses.
(publié avec l'autorisation de la Gazette Tobler)