10. LE SOLAIRE AU PRIX DU MAZOUT

Sous ce titre accrocheur, ENTREPRISE ROMANDE , dans son N°2602 de novembre 1999, présentait les mesures prises à Genève par l'Office cantonal de l'énergie pour encourager le solaire thermique, et se demandait, sous la plume de son rédacteur en chef, si l'abaissement artificiel du coût d'une installation de production d'énergie ne faussait pas le jeu du marché… (au détriment de ces pauvres pétroliers déjà bien englués dans leur goudron, ajouterons nous). La question de la distorsion de concurrence ayant déjà été souvent traitée dans ces lignes, nous avons donc exprimé notre point de vue dans le courrier des lecteurs, paru dans le numéro suivant d'ENTREPRISE ROMANDE .

Distorsion de concurrence et énergie solaire

Dans une livraison récente de ce journal, la position d'avant-garde du canton de Genève en matière d'énergie renouvelable a été évoquée, suivie d'une remarque de monsieur Didier Fleck sur les effets pervers des subventions.

La position du rédacteur en chef d'Entreprise est également celle des professionnels de l'énergie solaire qui estiment que les subventions, qui ont aidé les premiers pas d'une technique nouvelle, ne sont plus l'outil approprié pour développer un secteur économique qui sera l'un des plus importants du 21ème siècle.

Nos bureaux d'études, nos installateurs et nos industriels souffrent actuellement de l'absence de toute politique énergétique à long terme de la part de nos autorités. Au gré des pressions politiques, le secteur des énergies renouvelables est soumis à un régime de douche écossaise qui perturbe considérablement le marché et décourage tout montage financier à long terme, condition indispensable aux investissements importants, comme pour un barrage hydroélectrique ou une centrale thermique. Les subventions sont souvent le ballon d'oxygène nécessaire pour concrétiser une action de promotion, mais que dire de l'action de certaines entreprises électriques qui proposent du kWh photovoltaïque à 50% du prix du marché, avec un tel succès que l'action doit être interrompue après deux semaines faute d'avoir prévu des moyens financiers suffisants.

Un secteur économique des énergies renouvelables existe en Suisse depuis une bonne dizaine d'années, il crée des emplois et il a besoin de stabilité pour se développer. Il a besoin de stabilité, mais aussi d'équité ; et la vraie distorsion de concurrence, elle existe entre les énergies renouvelables et les autres.

Même sans parler des coûts indirects induits par les énergies non renouvelables qui ne sont pas encore intégrés aux prix de revient, il faut considérer les coûts de développement des nouvelles formes d'énergie. A aucun moment de l'histoire des systèmes énergétiques, les consommateurs n'ont été appelés à financer le développement des hydrocarbures, de l'électricité hydraulique ou du nucléaire autrement que par une juste répartition des coûts de développement sur leur facture d'énergie. Alors, pourquoi demande-t-on aujourd'hui à quelque consommateurs, plus clairvoyants que d'autres, de financer le développement de l'industrie photovoltaïque ?

La production d'électricité photovoltaïque n'aurait pas besoin de subventions ni de taxe sur les énergies non renouvelables, si les entreprises électriques intégraient cette production à celle des autres sources d'énergie. Taxes et subventions ne sont qu'un pis-aller pour corriger une discrimination évidente.

Jean-Marc Cottier
Vice président de la PROMES


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