| 5. LA SCHIZOPHRÉNIE DES GENS HEUREUX |
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LES OCCIDENTAUX sont des gens fort heureux : non seulement ils vivent dans un état d'opulence historiquement unique, mais ils ont la chance de pouvoir vivre dans deux mondes à la fois. Dans le monde réel no 1, la combustion du pétrole produit du gaz carbonique capable de provoquer un changement climatique qu'ils jugent très inquiétant. Dans le monde réel no 2, la hausse du prix du pétrole, qui pourrait obliger à en limiter la consommation, leur semble un scandale insupportable. Dans le monde no 1, le naufrage de l' Erika soulève l'indignation des foules et suscite des manifestations. Dans le monde no 2, la vente record d'automobiles en 1999 est saluée comme une performance remarquable. Dans le monde no 1, le premier ministre s'apprête à prononcer un discours [texte original] soulignant l'engagement de la France dans la lutte contre le changement climatique. Dans le monde no 2, le ministre des finances supprime la vignette auto, encourageant l'usage du premier facteur de l'accroissement de l'effet de serre. Il n'est pas besoin d'être persan ou martien pour moquer cette dualité. Et pour rappeler que les mondes no 1 et no 2, celui de la bonne conscience écologique et celui du confort à tout prix, sont, malgré tous nos efforts de dissociation mentale, les deux facettes d'un seul et même monde. Dans celui-ci, on ne peut à la fois éviter le changement climatique et maintenir une croissance continue de la consommation d'énergie. Et dans ce monde opprimé par de si gênantes contraintes, la hausse actuelle du prix du pétrole n'est pas le résultat du comportement irresponsable de producteurs en position de monopole, mais l'effet d'une évolution structurelle de l'économie mondiale. On s'étonne que l'idéologie dominante, si furieusement libérale, oublie les données de base du marché, à savoir que, quand un produit se raréfie, il renchérit. Hervé Kempf, Le Monde, 5 septembre 2000 |
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Ce remarquable article du Monde [texte intégral] semble avoir été écrit en illustration des résultats du dernier scrutin fédéral. Rien n'est plus dangereux que d'entretenir l'idée que la hausse des prix du pétrole est néfaste, comme l'ont fait les milieux économiques suisses pendant cette campagne de votation. On devrait au contraire soutenir qu'elle est souhaitable et nécessaire pour faire évoluer le monde réel N°2 en améliorant l'efficacité énergétique et en rendant concurrentielles les énergies renouvelables. A défaut, c'est le monde réel N°1 qui se chargera de nous rappeler que le grand totem de la croissance a des pieds fragiles. Les pays en voie de développement ne vivent pas dans un monde d'opulence et pour le moment ils ne vivent que dans le monde de leur survie ; mais il ne fait aucun doute que tôt ou tard ils auront aussi accès aux ressources énergétiques de la planète. Que signifieront alors ces promesses de réserves d'hydrocarbures qui rendent les fous heureux ? Dans PROMES NEWS 23 nous avions présenté l'étude parue dans le magazine "Pour la Science " [résumé] de mai 1998 au sujet de " La fin du pétrole bon marché ". La nervosité du marché pétrolier ne fait que donner raison à ces géologues, alors que les économistes persistent et signent ! Comme les trois petits singes africains, conclut Hervé Kempf, les politiques peuvent vouloir ne rien entendre, les économistes ne rien voir, les écologistes ne rien dire - cela n'empêchera pas la coïncidence des deux mondes du pétrole et de la planète. JMC |
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