Genève, le 20 janvier1955
Allocution prononcée par
Hermann Blanc,
secrétaire de l'Université de Genève,
aux obsèques de
Albert Roussy,
ancien secrétaire et
Privat-docent de l'Université.

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Albert Roussy fut le premier secrétaire de l'Université. Il fut choisi par le Bureau du Sénat parmi plusieurs candidats parce qu'il connaissait - tels sont les termes qui sont consignés dans le registre du Bureau du Sénat à la date du 21 octobre 1908 - "parce qu'il connaissait l'allemand, l'italien, l'anglais, le russe, le tchèque et le bulgare et présentait toute les qualités qu'on peut exiger du futur secrétaire esprit d'ordre et d'organisation, culture générale, caractère tranquille et sûr".

Ce choix fut ratifié par le Conseil d'Etat et Albert Roussy entra en fonctions le 4 novembre 1908. Dès le semestre d'été 1909, il donne un enseignement de langues au Séminaire de français moderne, enseignement qu'il conserva pendant de longues années.

J'ai aujourd'hui 1e douloureux privilège, en ma qualité de successeur d'Albert Roussy et d'ami de sa famille, d'évoquer comment il a dépassé toutes les espérances que l'on mettait en lui.

Il eut d'emblée à faire appel à cet esprit d'ordre et d'organisation car tout était à créer. I1 n'avait même pas, à cette époque, un local à sa disposition.

Avec une infatigable persévérance il surmonta toutes les difficultés. Ses connaissances des langues et notamment des langues slaves lui permirent de rendre les plus grands services à une époque où la majorité des étudiants venaient de Russie ou des Balkans.

Très vite, il devint l'appui et le conseiller précieux des recteurs. Très vite i1 sut s'adapter à ses tâches multiples, même à celles qui l'attendaient à son entrée en fonctions, à la veille des festivités du 350me anniversaire de la fondation de l'Académie.

Ses fonctions de secrétaire, il les remplit avec la conscience du devoir que tous lui connaissent, jusqu'au moment où il dut s'incliner devant les exigences de la limite d'âge. Sa démission fut acceptée le 16 juin 1931 avec honneurs et remerciements pour ses bons et loyaux services, par le Conseil d'Etat qui lui conféra le titre de secrétaire honoraire de l'Université.

Cette dernière lui décerna à cette occasion, la médaille universitaire, témoignage de reconnaissance dont elle est avare et qui n'est donné qu'à ceux qui l'ont servie à plus d'un titre.

Mais là ne s'arrête pas l'activité d'Albert Roussy. Au cours de sa carrière il s'est intéressé à tout ce qui touche l'Université. Il prenait à peine quelques jours de vacances, 1e temps de passer en famille un week-end à la montagne, et il redescendait car les Cours de Vacances l'attendaient.

Il a assumé le service du secrétariat des cours de vacances jusqu'à la limite de ses forces car Albert Roussy avait trop donné à l'Université pour cesser brusquement toute activité.

La Faculté de Médecine fut heureuse de lui confier son secrétariat pendant plusieurs années.

L'Histoire de l'Université ne le laissa pas indifférent. Nous lui sommes redevables de plusieurs travaux importants. Il prépara le tome 7 du Catalogue des ouvrages, articles et mémoires publiés par les professeurs et privat-docents pour la période de 1914 à 1926. Il créa le Guide de l'Etudiant dans le but de faciliter la tâche à ceux de nos élèves qui venaient de l'étranger et qui avaient quelque peine à s'orienter dans l'organisation de leurs études.

Dans le dessein de toujours faire mieux connaître notre maison, il publia à diverses reprises des brochures auxquelles son nom restera attaché.

Ceux qui l'avaient choisi avaient vu juste quand ils le présentaient comme un homme tranquille et sûr. Devant les situations les plus délicates, il était toujours pareil à lui même, répondant avec affabilité, son fin sourire ironique aux-coins des lèvres. Son trait dominant était l'égalité d'humeur. Toujours prêt â vous écouter, il vous offrait un siège avec un "s'il vous plaît" si personnel, et il vous écoutait patiemment. Et c'était la même chose pour tous. A la fin, il vous donnait un conseil, une réponse généralement favorable sinon un espoir. Tout l'homme était là. Ajoutez à cela un regard malicieux, une remarque parfois sarcastique.

Je m'en voudrais de ne pas retracer aujourd'hui tout ce qu'Albert Roussy a fait pour les étudiants. Il s'intéressait à leur sort. Tous ceux qui avaient une difficulté morale ou matérielle pouvaient en toute confiance s'adresser à lui. La preuve de ce dévouement nous la trouvons dans la part qu'il a prise à la gestion de l'Office d'entr'aide. Il a aimé les étudiants et jusqu'à ces dernières années il faisait volontiers les traductions que nous lui demandions. I1 disait simplement : puisque c'est pour les étudiants ....

Le souvenir que l'on garde d'Albert Roussy est un souvenir que les ans ne peuvent effacer. Tout récemment un ancien étudiant de passage à Genève me parlait avec émotion de lui. Ils seront nombreux, de par le monde, ceux qui à la-nouvelle de son décès reverront son doux visage et lui adresseront une pensée émue.

Nous ferons comme eux et nous dirons à sa famille: Albert Roussy a bien servi l'Université de Genève. Merci.


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