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Albert Roussy fut le premier secrétaire de
l'Université. Il fut choisi par le Bureau du
Sénat parmi plusieurs candidats parce qu'il
connaissait - tels sont les termes qui sont consignés
dans le registre du Bureau du Sénat à la date
du 21 octobre 1908 - "parce qu'il connaissait l'allemand,
l'italien, l'anglais, le russe, le tchèque et le
bulgare et présentait toute les qualités qu'on
peut exiger du futur secrétaire esprit d'ordre et
d'organisation, culture générale,
caractère tranquille et sûr".
Ce choix fut ratifié par le Conseil d'Etat et Albert
Roussy entra en fonctions le 4 novembre 1908. Dès le
semestre d'été 1909, il donne un enseignement
de langues au Séminaire de français moderne,
enseignement qu'il conserva pendant de longues
années.
J'ai aujourd'hui 1e douloureux privilège, en ma
qualité de successeur d'Albert Roussy et d'ami de sa
famille, d'évoquer comment il a dépassé
toutes les espérances que l'on mettait en lui.
Il eut d'emblée à faire appel à cet
esprit d'ordre et d'organisation car tout était
à créer. I1 n'avait même pas, à
cette époque, un local à sa disposition.
Avec une infatigable persévérance il surmonta
toutes les difficultés. Ses connaissances des langues
et notamment des langues slaves lui permirent de rendre les
plus grands services à une époque où la
majorité des étudiants venaient de Russie ou
des Balkans.
Très vite, il devint l'appui et le conseiller
précieux des recteurs. Très vite i1 sut
s'adapter à ses tâches multiples, même
à celles qui l'attendaient à son entrée
en fonctions, à la veille des festivités du
350me anniversaire de la fondation de l'Académie.
Ses fonctions de secrétaire, il les remplit avec la
conscience du devoir que tous lui connaissent, jusqu'au
moment où il dut s'incliner devant les exigences de
la limite d'âge. Sa démission fut
acceptée le 16 juin 1931 avec honneurs et
remerciements pour ses bons et loyaux services, par le
Conseil d'Etat qui lui conféra le titre de
secrétaire honoraire de l'Université.
Cette dernière lui décerna à cette
occasion, la médaille universitaire,
témoignage de reconnaissance dont elle est avare et
qui n'est donné qu'à ceux qui l'ont servie
à plus d'un titre.
Mais là ne s'arrête pas l'activité
d'Albert Roussy. Au cours de sa carrière il s'est
intéressé à tout ce qui touche
l'Université. Il prenait à peine quelques
jours de vacances, 1e temps de passer en famille un week-end
à la montagne, et il redescendait car les Cours de
Vacances l'attendaient.
Il a assumé le service du secrétariat des
cours de vacances jusqu'à la limite de ses forces car
Albert Roussy avait trop donné à
l'Université pour cesser brusquement toute
activité.
La Faculté de Médecine fut heureuse de lui
confier son secrétariat pendant plusieurs
années.
L'Histoire de l'Université ne le laissa pas
indifférent. Nous lui sommes redevables de plusieurs
travaux importants. Il prépara le tome 7 du Catalogue
des ouvrages, articles et mémoires publiés par
les professeurs et privat-docents pour la période de
1914 à 1926. Il créa le Guide de l'Etudiant
dans le but de faciliter la tâche à ceux de nos
élèves qui venaient de l'étranger et
qui avaient quelque peine à s'orienter dans
l'organisation de leurs études.
Dans le dessein de toujours faire mieux connaître
notre maison, il publia à diverses reprises des
brochures auxquelles son nom restera attaché.
Ceux qui l'avaient choisi avaient vu juste quand ils le
présentaient comme un homme tranquille et sûr.
Devant les situations les plus délicates, il
était toujours pareil à lui même,
répondant avec affabilité, son fin sourire
ironique aux-coins des lèvres. Son trait dominant
était l'égalité d'humeur. Toujours
prêt â vous écouter, il vous offrait un
siège avec un "s'il vous plaît" si personnel,
et il vous écoutait patiemment. Et c'était la
même chose pour tous. A la fin, il vous donnait un
conseil, une réponse généralement
favorable sinon un espoir. Tout l'homme était
là. Ajoutez à cela un regard malicieux, une
remarque parfois sarcastique.
Je m'en voudrais de ne pas retracer aujourd'hui tout ce
qu'Albert Roussy a fait pour les étudiants. Il
s'intéressait à leur sort. Tous ceux qui
avaient une difficulté morale ou matérielle
pouvaient en toute confiance s'adresser à lui. La
preuve de ce dévouement nous la trouvons dans la part
qu'il a prise à la gestion de l'Office d'entr'aide.
Il a aimé les étudiants et jusqu'à ces
dernières années il faisait volontiers les
traductions que nous lui demandions. I1 disait simplement :
puisque c'est pour les étudiants ....
Le souvenir que l'on garde d'Albert Roussy est un souvenir
que les ans ne peuvent effacer. Tout récemment un
ancien étudiant de passage à Genève me
parlait avec émotion de lui. Ils seront nombreux, de
par le monde, ceux qui à la-nouvelle de son
décès reverront son doux visage et lui
adresseront une pensée émue.
Nous ferons comme eux et nous dirons à sa famille:
Albert Roussy a bien servi l'Université de
Genève. Merci.
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